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Designer mode d’emploi n°1

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J’ai douze ans

J’ai douze ans. Je suis graphiste, ou bien designer, ou bien chef d’entreprise ou bien freelance ? Je ne sais plus trop. Ce qui est certain c’est que j’ai douze ans d’expérience.

« Je suis resté qu’un enfant qu’aurait grandi trop vite,
dans un monde en super plastique j’veux retrouver maman… »

À douze ans on est encore petit. Sauf que j’ai pris mon indépendance très jeune, j’avais à peine un an.
De zéro à un an, j’ai appris à marcher chez Euro-rscg, mais j’ai surtout compris que j’avais envie qu’on me lâche la main, alors j’ai pris mes peluches et mes jouets ( un iMac rose ) et me suis mis à mon compte.

En étant indépendant, j’ai vite compris qu’une journée de travail ne faisait pas 8h mais plutôt 10/12h.
J’ai douze ans, mais un peu comme les chiens, on peut multiplier mon âge par un coefficient. Alors, j’ai peut-être 16 ou 18 ans, qu’importe.

Comme j’ai grandi tout seul, sans père ( = un DA senior, un patron, un tuteur… ), et probablement comme tout adolescent livré à lui même, j’ai fait pas mal de bêtises. Heureusement, j’en fais encore, car c’est là qu’on apprend le plus !

Comme j’ai une mauvaise mémoire, et que je refais souvent les mêmes bêtises, je me dis qu’en les notant ça m’aidera.
Et qui sait… ça vous aidera aussi.

C’est donc une série d’articles sur le métier de designer graphique que je commence ici. Le programme est ambitieux et le propos n’engagera que moi. L’objectif est d’aborder sans tabous, de manière bordélique, subjective et non exhaustive les contours de ce métier. Les thèmes seront par exemple :

Trouver, choisir, travailler avec des clients…
Bien se vendre, s’organiser, se faire payer…
Passion, éthique, et comptabilité…

La liste est ouverte.
N’hésitez pas à participer !

Commençons par définir un peu ce métier !

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Papa, c’est quoi un designer ?

“Euh… c’est quelqu’un qui n’aime pas le laid ?”

La plupart des gens pensent que notre métier consiste à faire du beau, du cool, du « styliii ».
D’ailleurs, la plupart des gens pensent que les designers sont beaux, cools et « styliiis ».
La pluspart des gens pensent que les designers ont une sorte d’inspiration divine, et que créer est facile pour eux.
C’est faux.

Qui n’a jamais entendu « vas-y, rends-nous ça joli », « tu vas bien nous faire un beau logo, c’est toi le créatif » ?

Ce mythe du créatif galvaude notre métier. Les plaquettes des écoles vendent un métier de rêves fait de créations magnifiques réalisées dans un espace de liberté idyllique. Un univers fait de mecs cools (eh oui, on dit « un » designer !) qui jouent aux jeux vidéos en écoutant le dernier Daft Punk. Moi le premier, j’ai parfois préféré passer ma soirée à jouer à la Xbox, quitte à me mettre à travailler à 2h du matin : « De toute façon, je suis créatif, je trouverais bien une idée ! ». Erreur. Être créatif n’est pas un don, c’est un travail !

C’est chiant d’être Designer !

C’est chiant de devoir gérer tous ces logos en bas d’une affiche.
C’est chiant ces clients qui ne comprennent pas cette super idée et qui de toute façon n’aiment pas le rouge.
C’est chiant ces clients qui n’ont que 200€ pour faire un logo.
C’est chiant de recevoir les textes à mettre en page la veille du rendu final.
La liste pourrait être longue… pourtant, j’adore ce métier.

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Pas de design sans contraintes

Le design c’est un métier fait de contraintes, où l’on passe probablement plus de temps à essayer de comprendre les problèmes de ses clients qu’à produire des réponses. Si on ne résout pas un problème, si on fait ce dont on a envie, alors on est probablement un artiste. C’est bien aussi d’être un artiste.

Pour qui ? Pour quoi ? Pour quand ? Pour combien ?
C’est donc au croisement des contraintes que le design se réalise.

Le designer ausculte, écoute, ressent, questionne. C’est un métier d’empathie. Le designer travaille à améliorer la vie des Hommes. Ici il doit simplifier les usages, là il doit rendre plus lisible, mais dans tous les cas, il s’adresse aux Hommes.

Un peu comme à l’école, où nos professeurs nous invitent à relire 3 fois le sujet avant d’y répondre, le designer doit d’abord retenir « sa main » qui a envie de dessiner, et se pencher sur l’analyse du sujet. De quoi on parle, quels sont les enjeux, les contraintes, les objectifs…

On m’a par exemple raconté l’exemple d’une agence de design graphique, qui après avoir pris un brief chez un client, revenait toujours chez son client une semaine après, pour faire un compte-rendu de brief. Il s’agit ainsi de vérifier s’ils ont à bien compris le sujet !

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Designer c’est dessiner à dessein

Le designer doit toujours se demander « pourquoi il dessine ça ». Rien ne doit être gratuit.
Si la réponse est juste « parce que c’est joli » alors vous n’avez rien compris. Je préfère faire quelque chose de « moche » mais d’utile ! Si c’est les deux tant mieux.

La définition « dessiner à dessein » me plait beaucoup. 50% de dessin, 50% de dessein.
Ça résume bien la réalité du travail de designer. On passe autant de temps à réfléchir qu’a produire.

Mais j’en conviens, la plupart des clients font appel à un designer pour faire un beau dessin. Dès lors le graphiste qui dessine l’image stéréotypée que son client lui commande n’est pas un designer. C’est un infographiste (un technicien de l’image). Il n’y a pas de mépris à être infographiste, je le suis parfois, il faut bien manger !

L’infographiste devient designer quand il préconise telle ou telle réponse visuelle. Qu’il argumente et défend ses choix. La difficulté pour un free-lance c’est d’arriver à identifier les moments où il fait du design ( analyse > diagnostic> préconisations) et ceux où il met en œuvre ses préconisations. Généralement, la phase d’analyse / diagnostic / préconisation est faite empiriquement et l’on passe directement à la production, car c’est ce qu’il y a de plus facile et flatteur à faire. Du coup, on a complètement zappé la moitié du travail de designer. C’est ce qui explique aussi que les gens se dévalorisent en vendant seulement 50% de la valeur de leur travail, à savoir le « dessin » !

Mais rassurez-vous… je n’ai que douze ans… et moi aussi j’oublie bien souvent de valoriser le « dessein » !
C’est le plus dur à vendre… mais c’est surtout là où se cache la valeur ajoutée du designer !
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Créateur de valeur ajoutée

Évidemment tous les métiers vont créer de la valeur ajoutée. Elle peut être matérielle : le boulanger transforme la farine en pain, l’ébéniste transforme l’arbre en meuble, le maquettiste transforme un texte en mise-en-page de magazine. Là on est chez les artisans.

Elle peut être immatérielle : quand un designer améliore l’image d’une entreprise en travaillant sur son identité visuelle, son logo véhiculera par exemple une image de sérieux et de performance qui donnera un avantage concurrentiel vis-à-vis du concurrent, et donc se transformera en recettes…

L’exemple le plus connu du grand public est celui d’Apple. Comment expliquer autrement que par leur démarche de design le succès de leurs produits, qui à qualité équivalente, sont vendus 30 à 40% plus cher que ceux des concurrents ? Ce n’est d’ailleurs pas étonnant que les « marques » entrent dans les actifs immatériels des entreprises…

Si vous n’êtes pas convaincu de la valeur immatérielle que vous apportez à vos projets, alors, faut pas s’étonner de ne pas gagner assez d’argent. Je ne dis pas ça pour faire la morale, j’ai commencé sans réellement avoir d’autre ambition que celle de « dessiner » des choses. Le temps passant, je me rends compte qu’il est plus intéressant, utile et rentable de « desseiné » ( j’invente le mot ?) les choses que de les « dessiner ».

Si dans un secteur marchand, notre travail produit de la valeur ajoutée sonnante et trébuchante pour nos clients. Dans d’autres secteurs, notre travail peut produire du lien social, de la réflexion, etc. Il n’y a pas que l’argent dans la vie ! Nous faisons donc un métier en grande partie intellectuel ! mais on n’aime pas être intello, ça fait peur, ça fait prétentieux. Pourtant le designer n’est-il pas définit par ses lunettes carrées d’intello ? :-)
Plus sérieusement, ses créations ne sont-elles pas protégées par le code de la propriété intellectuelle ?

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Histoire du mot « Design »

On pense souvent que le terme design est un anglicisme. C’est (presque) faux.
Alain Rey, dans son dictionnaire historique de la Langue Française, explique qu’il s’agit d’un mot de « conception internationale » qui est issu du métissage de plusieurs langues, dont le Français.

 » DESIGN n.m. est un emprunt (1959) à l’anglais design, d’abord “plan d’un ouvrage d’art” (XVIIe s.), employé aux États-Unis avec le sens de “conception décorative étendue aux objets utilitaires”. L’origine du mot anglais est le français dessein (→ dessiner) qui signifiait à la fois “dessin” et “but” jusqu’au XVIIe siècle. »

C’est donc un mot qui entre en 1959 dans le dictionnaire Français. C’est un mot jeune que l’on attribue longtemps à la seule discipline du « design industriel » ou « design d’objet ». Dès lors, pour la plupart des gens être designer c’est dessiner des chaises comme Starck. Pour excuse, c’est un mot qui ne peut apparaitre qu’avec l’ère industrielle. Dès lors tout doit s’anticiper en amont de la fabrication d’un objet. Avant ça, l’objet « fait à la main » pouvait toujours évoluer au grès de sa fabrication. Cependant, dans cette ère industrielle, l’ingénieur règne en maître, c’est lui qui prend en charge les choses.
Il faudra attendre les années 1920-1930 pour voir apparaitre la notion de design. En Allemagne avec W. Gropius et le Bauhaus, aux États-Unis avec Frank Lloyd Wright et en France avec Le Corbusier.

Il existe autre vision qui fait débuter le design à l’âge de pierre, quand l’homme a entrepris de transformer la nature. Dans cette vision-là, le design au même titre que l’architecture, s’inscrit dans la longue évolution des sociétés et des cultures, et n’est donc pas uniquement rattaché à l’ère industrielle.

Fier d’être designer

Pourquoi chercher à définir le terme « designer » ?
Parce qu’il me semble important de bien définir son métier pour pouvoir le pratiquer correctement.
Il me semble aussi important de revendiquer un véritable statut professionnel, social, juridique du designer.
L’Alliance Française des Designers tente de faire ça depuis 10 ans. Je vous encourage à les aider.

À titre d’exemple, pour vous montrer le retard des mentalités sur cette question, les « designers graphiques » dépendent de la « Maison des Artistes » ! Au même titre que les peintres, les sculpteurs… Pour revenir au premier paragraphe de cet article, ça ne m’étonne pas que l’on prenne les designers pour des artistes !

Il faut donc militer pour la reconnaissance de la profession de « designer ».

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Tu seras ingénieur mon fils !

Je m’essaie parfois à faire le parallèle avec l’ingénieur, dont le statut est clairement admis par tout le monde :

Définition de l’ingénieur : L’ingénieur est un professionnel exerçant des activités de conception, d’innovation et de direction de projets, de réalisation et de mise en œuvre de produits, de systèmes ou de services impliquant la résolution de problèmes techniques complexes. Ces responsabilités supposent un ensemble de connaissances techniques d’une part, économiques, sociales, environnementales et humaines d’autre part, reposant sur une solide culture scientifique et générale.

Les créations de l’ingénieur sont protégées par le code de la propriété industrielle.

Essayons d’appliquer cette définition au designer graphique : Le designer graphique est un professionnel exerçant des activités de conception, d’innovation et de direction de projets, de réalisation et de mise en œuvre de produits, de systèmes ou de services impliquant la résolution de problèmes de communication complexes. Ces responsabilités supposent un ensemble de connaissances techniques d’une part, économiques, sociales, environnementales et humaines d’autre part, reposant sur une solide culture générale et artistique ( esthétique ?).

Les créations du designer sont protégées par le code de la propriété intellectuelle.

Ce que je cherche à démontrer c’est qu’un designer devrait être autant considéré qu’un ingénieur.
Personne n’aurait l’idée de demander à un ingénieur de concevoir un moteur de voiture de course, et de le payer seulement si il arrive à gagner la course avec ce moteur. Pourtant, on ose demander ça à un graphiste…
Oserait-on le demander à un designer graphique ?

Vous l’aurez compris, les mots ont un sens.
Ils ont peut-être aussi le pouvoir de changer les choses !

Designer utile !

Tim Brown, directeur général de l’innovation et du design de IDEO, présente sa vision du design. Il soutient entre autres que les designers sont souvent préoccupés par faire du « beau » et du « tendance » alors que les questions essentielles comme l’accès à l’eau potable seraient vraiment plus utiles à traiter.

Post-scriptum

Au risque de me répéter, je vous rappelle que j’écris ces conseils d’abord pour moi, pour m’en souvenir, m’en convaincre.

Pour le prochain article, je vous tâcherais, de me pencher sur la question existentielle « Où sont les clients » !
En attendant, pour patienter, vous pouvez toujours vous lire notre série sur « les grands noms du Design graphique« .


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Mon maçon était illustrateur

Mon maçon était illustrateur, il a gardé ses bonnes habitudes !

http://monmacon.tumblr.com
Voici un site qui illustre très bien les absurdités auxquelles nous sommes tous soumis.
Les appels d’offres non rémunérés, les délais intenables, les paiements en retard…

Le procédé est simple, une même situation et un dialogue qui change à chaque fois.
Ça me rappelle qu’encore la semaine dernière je devais comparer mon travail à celui d’un plombier pour expliquer le montant de mes honoraires…

Voici quelques extraits choisis :

travail_gratuit

mon_macon_est_graphiste

mon_macon_est_illustrateur

La suite c’est sur http://monmacon.tumblr.com !


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Séance de rattrapage

Voici une séance de rattrapage de projets réalisés au cours des derniers mois…

Invitations Investir

Projet d’une série d’invitations pour des rencontres organisées par le groupe Investir.
En voir +
design-carton-invitations

charte-graphique-invitations

Plaquette vie associative

Une plaquette présentant les actions en faveur de la « Vie Associative et de l’éducation populaire » de la Région Rhône-Alpes.
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plaquette-vie-asso-couverture

plaquette-vie-asso-interieur1

Super mode d’emploi de la région

Un dépliant-affiche présentant le fonctionnement de la Région Rhône-Alpes à destination des lycéens.
En voir +
Guide-mode-emploi-depliant-design

super-poster-region

Carte de vœux en pop-up

Conception de la carte de vœux de l’Université Paris-Est Créteil (UPEC).
Il s’agit d’une carte pop-up, qui en s’ouvrant recompose le message « bonne année 2013″.
En voir +
carte-voeux-upec-2012-close

carte-voeux-upec-2012-open

Forum des associations

Un petit poulpe qui présente toutes les activités disponible à Noisy-le-Grand.
illustration-poulpe-forum

affiche-noisy-forum-asso

Conseil de l’Europe

Un projet de carte de vœux pour le conseil de l’Europe qui n’a pas vu le jour…
Nous proposions une carte qui laisse apparaître le chiffre 2013 lors de l’ouverture de celle-ci en jouant sur un procédé technique faisant apparaitre ou disparaitre une partie du message… l’enveloppe en calque rouge «masque» l’encre rouge de la carte. Fermé on peut lire 2012, ouvert on lit 2013.
web-carte-voeux-calque-rouge
carte-voeux-concil-european

carte-voeux-conseil-europe


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Festival Pictoplasma 2013 — Berlin

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Un festival de « Character Design »

Pictoplasma est un festival Berlinois qui s’est tenu du 10 au 14 avril. Ce festival de «character design» (design de personnages) s’organise autour d’expositions, de conférences, de projections de films d’animations et de soirées disséminées dans la ville.

Ce festival a été fondé par Lars Denicke & Peter Thales en 1999. Pictoplasma part du principe que l’illustration et les arts graphiques ont un rôle à jouer dans notre monde submergé d’images. Au cours de la dernière décennie, de nouvelles icônes visuelles sont apparues, affranchies des représentations traditionnelles. On a ainsi vu naître une multitude de personnages sympathiques, abstraits, minimalistes… ouvrants de nouveaux champs à l’illustration et au motion design.

Dans le monde entier, la publicité, l’art, les médias et les univers urbains sont envahis par ces petits bonshommes virtuels, tantôt charmants, tantôt têtus.

Voici un petit compte-rendu de cette édition 2013…

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Mythologie digitale

Internet a évidemment favorisé l’émergence de ce phénomène. Un peu comme si ce nouveau territoire avait besoin d’être habité par des personnages venus d’univers parallèles, des monstres espiègles et mignons qui nous attirent ou des créatures troublantes et étrangères qui nous effraient, au choix.

Une mythologie digitale est-elle en train de naître, un peu à l’image de celle des grecs, avec ses dieux apolloniques et ses satires espiègles ? La réponse dans 2000 ans…

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Un langage universel ?

Un autre aspect du phénomène est qu’il n’est pas relié à une culture, il traverse les frontières, on assiste à la création d’un art universel, compréhensible par tous. Le festival tend chaque année à célébrer cette culture multi-ethnique et fait venir des artistes du monde entier pour une ballade de personnages et de monstres dans Berlin.

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Teaser Pictoplasma 2013


En images…

Pour en savoir plus : http://berlin.pictoplasma.com/
Pictoplasma édite des encyclopédies de personnages ainsi que des DVD regroupant les films d’animations diffusés lors d’anciennes éditions.

Pour plus d’images :
http://pictoplasma.tumblr.com/


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Affiches Berlinoises — Berlin

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Petit zapping des affiches (principalement pour des soirées & concerts) croisées à Berlin dans le quartier de Neukölln, Kreuzberg et Mitte en mars et avril.

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Coup de coeur pour ce format allongé qui permet d’être collé sur les poteaux (signalétique, éclairage, …)

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Campagne de promotion de la Région Rhône-Alpes

Voici la réponse que nous avions proposée pour la consultation lancée par la Région Rhône-Alpes pour la conception d’une campagne de promotion du territoire rhônalpin sur les thèmes nature, sport, culture.

La Région Rhône-Alpes est un terrain de jeu formidable, elle dispose de nombreux atouts par exemple de nombreux parcs naturels, de multiples lieux propices aux activités sportives ( sports d’eaux vives, randonnée, escalade…), 50 festivals pendant l’été, des grandes manifestations sportives…

L’objectif de cette campagne était d’encourager les Rhônalpins à découvrir ou redécouvrir leur région pendant l’été. Selon les mots du bief, il fallait promouvoir la « rhônalpitude » qui fait qu’un rhônalpin n’attend pas ses vacances pour pouvoir s’amuser, qu’en sortant du travail il peut profiter d’une offre culturelle et sportive dense et diversifiée.

Le Clip destiné à être diffusé à la télévision et au cinéma se devait d’être très court (~20sec). Voici la proposition que nous avions rendue, mais non retenue.

Le Film

Il s’agit d’une maquette, réalisée « en interne », filmée sur fond vert avec les moyens du bord…

Le concept

Comment évoquer la possibilité d’être dépaysé très vite et de pouvoir bénéficier d’une multitude de paysage, d’activités, de cultures, de senteurs…. ?
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On utilise le claquement de doigts pour marquer un rythme ou un tempo, pour prévenir, attirer l’attention ou se faire obéir.

L’idée principale est le zapping d’activités. Un jeune citadin claque des doigts et se retrouve téléporté quelque part en Rhône-Alpes. Jouant avec ce claquement des doigts, il se téléporte dans différents univers. Ce zapping permet de traduire la grande diversité des activités d’été en Rhône-Alpes. Le claquement de doigts sous-entend la facilité d’accès aux différentes activités dans la région.
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Le personnage se retrouve dans différents paysages , différentes tenues ( probables ou improbables). Il nous fait voyager dans un territoire aux mille facettes sur une musique estivale, gaie et rythmée. La petite ritournelle “sifflée” renforce le côté ”simple” et “léger” de la campagne.
Des mots clefs viennent qualifier chaque situation…
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Le slogan de la campagne reste dans l’idée de zapping d’activité. On énumère tous les verbes qui font référence aux activités évoquées dans la campagne.

Déclinaisons

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La campagne se décline en affichage, par exemple sur les portes du métro, qui en se fermant, viennent recomposer le personnage.
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Exposition L’économie Krach, boom, mue ?

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L’économie, c’est qui? C’est quoi? Peut-on vivre sans importer? Comment se fixe un prix? Comment fonctionnent les marchés? Quel est le rôle de l’État?

Cette exposition de la Cité des sciences et de l’industrie, « L’économie: krach, boom, mue? » présente et décortique, à l’aide d’expériences, de jeux collectifs, de vidéos, de multimédias, toutes les notions et tous les mécanismes de l’économie. Elle traduit dans un langage accessible à tous, les principales clés de compréhension d’un sujet qui est plus que jamais au coeur des débats d’actualité.

Cette exposition, en partenariat avec la Banque de France, fait office de « version bêta » de la future Cité de l’Économie et de la Monnaie qui ouvrira ses portes en 2015 dans le 17e arrondissement de Paris.

La scénographie, signée par Clémence Farrell et Paul Viala, est très efficace. Elle nous plonge dans différents univers suivant le découpage de l’exposition.

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De nombreux jeux interactifs permettent d’aborder les complexes notions de l’économie. Par exemple, une simulation de Bourse où cinq visiteurs peuvent acheter ou vendre des actions en direct. Il s’agit de faire les bons choix en fonction des dépêches d’informations qui tombent à la radio. À la fin de chaque séquence, une voix off commente et décrypte ce qui s’est déroulé pendant la partie. Très ludique et pédagogique !

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On peut également noter une série de petits films réalisés en animation de pictogrammes présentant de façon ludique des notions complexes telles que le taux de croissance, le marché du travail, le circuit économique…

Ces derniers ont été réalisés par Denis van Waerebeke.

On vous laisse regarder et on ramasse les copies à la fin !
Si avec ces petits bijoux d’animations vous n’avez pas eu 20/20… je quitte la zone-euro !

Le circuit économique

La concurrence

Taux de croissance

La crise

Le marché du travail


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Roger Excoffon, « coup de Mistral »

Nous continuons de parcourir la série des grands noms du design graphique avec Roger Excoffon.

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Un célèbre inconnu

Roger Excoffon (1910-1983) fait partie des personnages les plus influents du graphisme et de la typographie française. Et pourtant si son nom reste peu connu du grand public, son œuvre est assurément connue du plus grand nombre. Graphiste et publicitaire de talent, il a réalisé des centaines d’affiches et de logos. Mais c’est en tant que typographe qu’il a marqué le paysage graphique français avec seulement 7 typographies à son actif : Le Vendôme, le Banco, le Mistral, le Choc, le Diane, le Calypso et l’Antique Olive. On peut surtout se souvenir des innombrables enseignes de bar-tabac, de salons de coiffure et autre boulangerie qui ont usé ( et abusé ?) de ces dernières.

Mais qui est Roger Excoffon ?

Son parcours de dessinateur de caractère est atypique. En effet, il n’a officié que 14 ans ce métier, de 1945 à 1959. Avant cette période, il souhaitait devenir peintre. En 1930, il a raté son concours d’entrée aux Beaux-Arts et aux Arts Déco. Il fait alors beaucoup de petits boulots pour nourrir sa famille, mais passe son temps libre à dessiner.

“ À trente ans, j’étais un raté, un fruit sec, je n’avais rien fait. Je passais mon temps à observer, à dessiner, à peindre..”

La guerre le rattrape, il sera mobilisé dans le sud de la France. Et c’est en dessinant le portrait de chacun des membres de son bataillon qu’il sera repéré par l’état-major. Il se verra confier la charge de dessiner les graphiques de réglage des canons de sa compagnie. Il s’initiera donc aux calculs logarithmiques, ce qui est un peu l’ancêtre de la courbe de bézier. De cette expérience il retiendra le sens de la responsabilité, il était soudainement de ces individus qui directement ou indirectement pouvaient se trouver responsable de la mort d’une autre.

Ses premiers pas…

Au sortir de la guerre, il trouve un poste de dessinateur dans l’agence de publicité de Robert Alexandre. L’expérience fut courte puisqu’un an après la crise économique oblige son employeur à le licencier. C’est là que se route croise celle de Marcel Olive ( son beau frère ) qui lui propose de prendre la direction de l’agence parisienne de sa fonderie typographique.

Il s’agissait de contrer le succès de la fonderie concurrente Derby & Peignot. Excoffon travaille donc à la mise au point du caractère « Chambord »

chambord-excoffon-typographie

“ À l’époque, il faut bien avouer que je ne connaissais rigoureusement rien à la typographie. J’étais jeune; j’ai voulu faire quelque chose de différent, et j’ai fait avec ce caractère, le Chambord, du sous-Peignot ”

Banco !

Son second caractère, le Banco, est issu de l’espionnage industriel ! À cette époque-là, il apprend par le biais d’un article dans une revue professionnelle que la Fonderie Derby & Peignot travaille sur un nouveau caractère, il prend alors sa loupe et scrute attentivement la photo illustrant l’article, où l’on voit le dessinateur de caractère Marcel Jacno en train de travailler ( ps: On essayera de revenir sur son travail, c’est lui qui a entre autres dessiné le célèbre paquet de cigarettes « Gauloises » ). Malgré la médiocre qualité de la photographie Roger Excoffon se fait quand même une idée suffisamment précise du travail en cours, et soumet à son patron quelques crayonnés inspirés de ce qu’il a vu. « Banco » lui répond ce dernier ! 2 mois plus tard, le caractère sort et fait un tabac !

banco-typographie-excoffon

Ce caractère est alors très innovant, il semble dessiné à la brosse par une main énergique. Très vite toutes les charcuteries, épiceries, et boulangeries françaises s’empareront de ce caractère, pour la joie et le malheur de son créateur. Comme toutes les modes, ce caractère tombera en désuétude à partir des années 70-80… devenant même synonymes de ringardise. Heureusement, depuis quelques années, ce caractère retrouve ses lettres de noblesse et intéresse de plus en plus les jeunes générations. Un blog lui est même dédié : ilovebanco.blogspot.fr

Ensuite, il participera au dessin du Vendôme ( conçu par François Ganeau). C’est un alphabet à empattement élégant destiné à concurrencer le Garamond.
typographie-vendome-excoffon

Le nez dans le vent

À partir de 1952, Excoffon s’applique à dessiner un caractère script : le Mistral.
Il a commencé par rassembler toute une documentation sur les écritures manuscrites de grands hommes, avant de s’apercevoir que sa propre écriture était sa meilleure base. Il s’emploie ensuite à déjouer les problèmes inhérents aux techniques de composition typographique : “comment normaliser les lettres manuelles en conservant leur vie, leur déséquilibre, avec par exemple les attaches de lettres de hauteurs différentes ?”
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Encore une fois ce caractère connaitra un vif succès, et si le Banco semblait dessiné à la brosse, le Mistral semble lui dessiné au stylo bille. Boucheries, boulangeries et autres devantures de boutiques ne tarderont pas à user et abuser du Mistral. Le comble du comble étant cette enseigne au Colorado d’une boutique nommée « Mistral » et… devinez quoi… elle est composée en Mistral !

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Après recherche, le cas n’est semble-t-il pas rare !
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D’ailleurs de nombreux sites s’amusent à recenser les devantures de boutiques utilisant le Mistral. par exemple ici ou encore ici.

Drive-A4-Poster_mistral-fontEncore une fois, la mode passera, et cette typographie sera longtemps synonyme de mauvais goût. Heureusement, son dessin très expressif retrouve grâce auprès des graphistes actuels. On peut ainsi la retrouver régulièrement sur des affiches; par exemple sur l’affiche du film « Drive » ci-contre.

 

le poids des mots, le Choc des typos !

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Voulez-vous danser le Calyso ?

Le Calypso a vu le jour par hasard, raconte Excoffon, je m’étais amusé à dessiner un caractère, une lettre sur un rouleau de papier, quand Marcel Olive arrive et me dit « Tiens, qu’est-ce que c’est que cela ?”. Je lui réponds en riant: “c’est le calque d’un nouveau caractère”, et il me répond: “je le prends”

Derrière cette anecdote se cache un véritable défi technique pour l’époque. En effet, les progrès de la photocomposition permettent l’usage de caractères que l’imprimerie traditionnelle n’aurait pas pu reproduire, reste qu’il faut dessiner à la main tous les caractères ( et donc des milliers de petits points consciencieusement alignés suivant des courbures savamment étudiées ! Pas d’ordinateurs à l’époque ! ).

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Diane, déesse des Anglaises

Après avoir utilisé la brosse, le stylo bille, Excoffon prend sa plus belle plume pour dessiner la Diane, une Anglaise avec de multiples boucles. Encore une fois c’est un défi technique qu’il se doit d’affronter. En effet, la finesse des Anglaises ne convient pas vraiment aux caractères en plombs, ces caractères sont fragiles et se cassent souvent…
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En 2008, Mark Simonson s’attaque à redessiner la version originale de la Diane, avec toutes les possibilités offertes par le numérique.

Cap au Nord

Les années 1957-58 voient sortir une mode des typographies linéales, que l’on qualifie de style suisse (cf: lire notre article sur Müller-Brockmann). L’Helvetica ou l’Univers d’Adrian Frutiger deviennent les standards de l’époque. La fonderie Olive se doit de réagir. Excoffon s’en chargera avec brio en dessinant le Nord, qui sera décliné ensuite dans onze variantes de graisses. La famille complète prendra le nom d’Antique Olive. Le Nord étant le nom de la version « black » de l’Antique Olive.

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À l’époque, Roger Excoffon s’intéresse à l’ouvrage de Louis-Émile Javal « Physiologie de la lecture et de l’écriture ». Dans cette étude, il est indiqué pour la première fois que c’est la partie supérieure de lettre qui est la plus importante pour la lisibilité. Son travail sur le Nord et l’Antique Olive sera profondément marqué par cette étude.

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Voilà ce que Roger Excoffon raconte à propos de ce travail. Ce texte est issu de la revue « Caractère de Noël 1960″.

Excoffon à propos de l’Antique Olive

La convention de la lettre, depuis le moment où elle a pris naissance en quelques signes abstraits correspondant à des sons, a déjà largement évolué. Toutes les influences se sont donc manifestées successivement, bien souvent dues aux techniques (comme les empattements, par exemple) mais aussi en grande partie à des volontés d’ordre esthétique, influencées elles-mêmes par la technique.
Jusqu’ici tous les « a » du monde et des temps ont été établis suivant une notion décorative. Ils ont tous aussi été destinés à une page d’une certaine « couleur », conception strictement décorative. C’est ainsi qu’ici et là, on a pu insister sur les rapports de cet art décoratif et de l’architecture. On pouvait écrire fort logiquement: tel caractère est dans l’esthétique de telle époque, point de vue qui me paraît totalement indépendant de celui que l’on peut appliquer à un caractère typographique.

Dans ces dernières années il est devenu un lieu commun de parler de lecture globale et de la silhouette du mot. Pour construire ce mot, je l’ai donc découpé en lettres. La fin qui se propose immédiatement, c’est d’abolir toute ambiguïté de lecture entre les lettres d’un même mot. Je prendrai comme exemple typique d’erreur dans le dessin de la lettre le « e » et le « c » Didot ou Bodoni bas de casse. Ces deux lettres sont différenciées par la barre médiane du « e ». Or celle-ci se trouve amenuisée à son minimum dans le cas des didones alors que c’est dans cette horizontale médiane que réside l’essentiel caractérisant la dominante du « e ».

Mais reparlons de l’antique. Notre point de départ est évidemment l’antique à graisse unique. Le but : la faire vivre et, partant d’elle, se permettre un jeu de graisses valable. J’ai utilisé ces graisses dans un but esthétique et de lisibilité. Toute notion esthétique venant du corps humain, le jeu de la plume s’est manifesté avant le jeu du physique et le plaisir esthétique.

Jusqu’ici, la graisse n’a jamais été employée pour signifier. J’ai employé cette graisse déplacée pour souligner le point significatif de la lettre, fût-ce en ne l’employant pas à l’endroit traditionnel, tenant compte que cette tradition des nuances est peu sensible au profane. Je me suis donc appuyé sur la lecture, ceci dans un but fonctionnel et d’efficacité.

Chaque lettre étant ainsi caractérisée, le mot construit prend alors une architecture plus significative. Toutes les fois qu’il a été possible, lorsqu’une graisse s’affirmait par en haut, je l’ai accentuée de 1/10e environ. Lorsque cet engraissement s’est manifesté dans le bas de la lettre, j’ai eu tendance à le diminuer de 1/10e en raison de la lecture par le haut.

À partir du moment où un caractère nait dans vos mains, il commence normalement à vous échapper. J’ai essayé, après avoir redessiné mes lettres maintes fois, de les amener au tolérable pour l’oeil habitué, en même temps que j’affirmais ma thèse sur la lecture fonctionnelle de la lettre.
Pour ménager les habitudes de l’oeil, j’ai minimisé les effets opposés à la tradition, les ramenant à la limite de ce qui m’a paru permis par l’habitude de l’oeil. Rien ne prouve, si la mode typographique joue normalement, que je n’aurais pas dessiné, en cette occasion, un très timide ancêtre.

Excoffon le publicitaire

C’est à partir de 1959, date à laquelle il arrête le dessin de caractère, qu’il consacre tout son temps à son agence publicitaire qu’il a fondé quelques années auparavant. Il signera ainsi de nombreuses campagnes publicitaires pour Air France, Reynolds, la SNCF, la Caisse d’Épargne, Larousse…

Il travaillera sur de nombreux logos.

Jeux Olympique Grenoble 1968

En 1968, il travaille en particulier sur l’identité visuelle des Jeux olympiques de Grenoble, il dessinera l’emblème et les pictogrammes.

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Air France

Enfin, c’est avec l’identité visuelle d’Air France qu’il a assurément signé son travail de logo le plus célèbre.
AIR-FRANCE-LOGO

Pour la petite histoire, le vendredi 23 mai 1958, vers midi, alors qu’il travaille sur les prémices du Nord, Excoffon demande à son collaborateur de lui composer les mots Air France avec ce nouveau caractère en vue d’un rendez-vous chez son client dans l’après-midi. José Mendoza se met au travail, 45 minutes plus tard, il a terminé. Excoffon emporte le projet, et le présente aux dirigeants d’Air France qui l’acceptent aussitôt. Ce logo restera inchangé pendant plus de 50 ans.

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Roger Excoffon vu par Maximilien Vox en 1960

En 1960, toujours dans la magnifique revue « Caractère de Noël », Maximilien Vox publiait le premier portrait de Roger Excoffon. Voici la retranscription de cet article :

Excoffon vu par Maximilien Vox – 1960

Le cas de Roger Excoffon est celui d’un des très grands artistes contemporains. Artiste tout court : car le graphiste prestigieux – dans son genre aussi l’un des premiers – ne vient qu’ensuite.

Et cependant le graphisme est tellement son apparente raison d’être que l’on s’est habitué à ne le point voir autrement. Lui… ?

Mais reprenons à la base. Entre l’école de 1925 – Cassandre, Vox, Jonquières, Salvat, Jacno – voisinant avec Paul Colin, Loupot et Jean Carlu… sans oublier l’influence de Charles Peignot – et les “nouvelles vagues” du livre-club et de l’Helvétie-à-Paris : un nom se détache et fait balle, comme en affiche celui de Savignac :

EXCOFFON : nom sonore et chantant – dans les notes étouffées. Celui d’un Dauphinois né à Marseille. D’un marseillais qui ressemble à un anglais. D’un Britannique d’apparence qui aurait l’âme janséniste à la fois, et romantique.

Il est peintre. Il aime sa Provence. Le graphisme fut pour lui une vocation tardive, quasiment un devoir d’état. En moins de quinze années, la conjonction de Roger Excoffon avec la Fonderie Olive a doté la France de ce qu’elle n’avait jamais connu depuis la “belle époque” de Georges Auriol et de Georges Peignot, au début du siècle : un interprète de la lettre entièrement, foncièrement, intensément français. Exclusivement. Plus gallo-encore-que-latin, ce qui a rendu son succès international.

D’autres, de par leur hérédité, leur éducation, ont enrichi notre musique intérieure d’accents slaves, hispaniques, mittel-européens, belgisants, helvétiens. La graphie d’Excoffon fut provençale avant d’être française. Car vivacité ne veut pas dire facilité : Roger Excoffon, l’homme de la griffe et du paraphe (plutôt que de l’arabesque) est aussi celui de la force contenue; du visage fermé, à la Romaine; de l’improvisation, soit, mais vingt fois répétées…

Un saut périlleux au ralenti.
Excoffon n’a pas de règles apprises, mais une discipline de soi au sens monastique, déchirant – j’allais dire, calviniste. Ce qui lui permet d’être tout entier dans son oeuvre, ce mélange d’accueil et de refus qui se résout (pour le spectateur) en une joie d’autant plus délicieuse d’avoir été difficile.
Il n’a pas pris ses thèmes, comme la plupart d’entre nous, dans les actualités successives, les vieilleries savoureuses, un excès d’érudition, ou un radar accrocheur de tous les snobismes. Pour le comprendre à fond, il faudrait le détester un peu; suivre et surprendre le cheminement de très peu de motifs, mais poussés et creusés à l’extrême profondeur, peut-être à l’extrême réitération. Chaque matin, dirait-on, Excoffon, artiste scrupuleux, se réinvente selon les mêmes normes, celles qui lui sont sincères.

Le spectateur le moins averti découvrira le leitmotiv majeur du tourbillon; et celui (qui lui cède à peine) de la musique des sphères. Puis de la bataille d’angles et d’éclairs. Puis du scrool, de l’involution baroque. Le traitement de la couleur par suaves passages savants; du dessin par coups de pinceau japonais magnifié; de la surface à coups de ciseaux ou de scalpel. Un arsenal mental et pictural surréaliste, mais à la manière d’un Henry Miller (auquel il fait penser) qui sans avoir lu une ligne de français devançait dans son subconscient et dans son écriture le Manifeste de 1918. Mais d’instinct, l’auteur du Mistral, du Calypso, du Nord, a préféré cet abstrait absolu, cet art non-figuratif par définition qu’est la création et l’usage de la lettre d’imprimerie.

Tout lui est cas de conscience. S’il s’est donné à fond à l’École de Lure, c’est qu’il y sent un impératif; il a l’autocritique féconde. Malgré son amour de la chose typographique, il y touche avec la courtoisie distante, sans tendresse ni appétit, qui caractériserait un mariage de raison.

D’ailleurs est en train de lui venir la joie. Depuis quatre ans, Roger Excoffon est “entré en publicité” comme on entre en loge : avec la volonté – et aussi le pouvoir – d’engager dans une action décisive et publique les fruits d’une jeune maturité. C’est un champ clos d’expériences, un vrai champfleury, que la création et la diffusion des caractères d ‘imprimerie.

Du premier jet, sans avoir passé par les filières, Excoffon s’est trouvé à l’échelon supérieur du métier publicitaire : il y a pénétré par en haut, comme le vin pénètre dans les bouteilles. Il a attaqué le problème de la grande publicité par la tête : non comme prétexte à concessions, mais comme moyen d’expression. De sur-expression.

Arrière les confidences du chevalet, la pénombre des Galeries, les tournemains de laboratoire… Au dur soleil de l’advertising, voici que loin de s’effacer, le talent essentiel d’un Excoffon s’exalte. Ce qu’il n’oserait pour lui, qui intimiderait sa toile – publicitairement, il l’ose. Pour le client, il a l’audace de l’audace. Heureuse. Et le public, l’homme-de-la-rue, qui comprend vite et loin, est heureux avec lui.

Louons les dieux d’avoir tiré ce peintre-dessinateur (il y en a peu!) du culte du moi-seul, pour le jeter tout vif sur le papier agile, entre les rouleaux rapides, dilué dans l’encre odoriférante… le matériau de notre temps.

Les pages que voici sont un hommage raisonnable et raisonné – le premier – de la profession française de l’imprimé à l’artiste entre tous en qui elle se sent grandir.

“J’imprime, oui : mais je m’exprime !”
MAXIMILIEN VOX – 1960

Voici sous forme de galerie, la version complète de cet article paru dans “Caractères Noël 1960”.

Roger Excoffon vu par ses collaborateurs

En 1983, au moment de sa mort, Gérard Blanchard et José Mendoza, ses anciens collaborateurs publient un article en forme d’hommage dans la revue « Communication et langages N°57« 

Hommage par José Mendoza

Roger Excoffon nous a quitté aux derniers jours de mai. Il n’est pas encore possible de le réaliser. J’ai accepté d’en parler un peu alors que je n’écris pas. Mais ayant travaillé avec lui pendant cinq ans, à la Fonderie Olive, l’ayant quitté par désir d’indépendance, avec regret, conservé des contacts fréquents et entre tenu des rapports de sobre amitié, ce que je pourrai dire de lui sera mon hommage d’amitié. Je souhaite qu’il perçoive là où il est les très sincères sentiments et toute mon affection qu’il pourra deviner. Il savait la sincérité de mes propos et notre connivence permanente. Il faut aussi que sa famille et ses proches veuillent bien accepter mon très modeste témoignage.

MON IMAGE ET MA PERCEPTION DE ROGER EXCOFFON

Je rappelerai rapidement ses titres et fonctions principales. La presse professionnelle a publié régulièrement chacun des moments importants de son, de ses oeuvres. Il était le beau-frère de Marcel Olive et assurait à la Fonderie Olive la fonction de créateur des alphabets de la Fonderie. Il menait parallèlement la direction de son propre studio publicitaire où il acquit la renommée du seul grand affichiste français, celui qui pouvait reprendre dans un style très personnel, et combien éloquent, le flambeau qu’avait porté Cassandre : entre l’un et l’autre, personne d’une envergure comparable.

Il fut membre de l’Icograda et membre de l’ATYPI depuis sa fondation en 1957. Charles Peignot l’avait en très grande estime. Il assura la présidence du SNGP (Syndicat national des graphistes publicitaires) plusieurs années, et présida après Maximilien Vox l’Association des compagnons de Lure avant qu’elle ne devint Rencontres Internationales de Lure. Et puis, plus récemment, il fut membre du CERT (Centre d’études et recherches typographiques), animé par Charles Peignot et Georges
Bonnin, directeur de l’Imprimerie Nationale, direction reprise plus tard par Monsieur Beaussang.

Et puis, et puis… il devait avoir bien d’autres présidences et bien d’autres fonctions. J’en ignore sans doute certaines, sa discrétion et sa modestie ne le portaient pas à en faire état. Il avait depuis quelques années fondé sa propre agence de publicité : Excoffon-Conseil. C’est beaucoup. Ce fut une vie pleine, animée, dense, fructueuse, multiple, exemplaire ? je ne sais ! Sans doute trop intense, mais combien profonde.

Il était aussi de tous les jury et fut mon parrain lorsque la SEAI (Société d’encouragement à l’art et à l’industrie) voulut bien m’accorder par trois fois ses médailles ; les avait-il lui ?

Je crois qu’il s’en moquait mais déplorait combien les organismes officiels ou nationaux méconnaissaient notre profession, publicité mais surtout typographie, par le snobisme qui consiste à aller chercher souvent à l’étranger ce que nous pouvons faire, et bien faire, en France.
La conception qu’il avait de notre nation était chez lui organique, véhémente. L’affirmation du geste français il l’incarnait et la méritait. Ses affiches en témoignent, le Coq de l’Expo internationale de Montréal était une clameur nationale ; l’Ecureuil de la Caisse d’Epargne, Bally, l’Oie pour Delpeyrat je crois, la Poule, campagne nationale ; très récemment, la commémoration du 150″ anniversaire du rail en France, très proche du style de Cassandre, avec des bleus n’appartenant qu’à lui. Enfin, l’extraordinaire monument sobre, dépouillé, énergique, indomptable de l’affiche d’Air France, symbole absolu du geste d’Excoffon. Il signa aussi, dans la série artistique, l’un des plus beaux timbres français, son sigle RF est exemplaire, concis, vigoureux.

J’en oublie sans doute beaucoup d’autres, elles n’apparaissent pas à ma mémoire, cela a peu d’importance ; chacune de ses oeuvres était remarquée et tellement à lui ! Je voudrais éviter une enumeration exacte, cela ne lui eût pas convenu. Excoffon n’était pas un homme d’exactitude mais de spontanéité, de rapidité, de raffinement, à la recherche permanente d’une perfection, de sa perfection. Très complet, très complexe, en quête continue du geste idéal, le premier étant presque toujours préféré, malgré ses repentirs et l’insistance qu’il portait à modifier, à parfaire. Cela se traduisait souvent, à la fin d’un geste, d’une forme, par : « Et puis m… ça va !» Pour beaucoup, Excoffon n’était pas celui qu’il fut en réalité.

UNE IMMENSE PERSONNALITE
UNE INDIVIDUALITE PLEINE ET COMPLEXE

J’ai travaillé avec lui longtemps et crois l’avoir bien connu, apprécié et estimé tel qu’il est (qu’il était!). Tous ceux qui le voyaient pour la première fois étaient impressionnés, souvent déçus par le premier abord : de nombreux jeunes et autres, moins jeunes, le disant distant et glacial, … réfrigérant même ! Combien c’était mal le connaître. Excoffon est tout à la fois.

Une grande silhouette élancée, svelte, qu’il a toujours conservée et qui lui conférait ce que bien peu possèdent: la distinction et une classe incontestable. Une sorte de gentleman aux intonations de ce Midi qui lui convenait. Excoffon est bien autre chose. Désinvolte et attentif, superficiel et profond, il vécut avec intensité les multiples contradictions de son comportement, de ses intentions, de ses gestes. A la fois secret et exubérant, son image multiple, foisonnante, est le reflet de ses vérités.

J’ai retenu et conservé en moi ce que j’ai senti de plus essentiel : une grande discrétion, un tact exceptionnel, une chaleur pudique dans les sentiments, une immmense gentillesse. Je l’ai senti multiple et sincère, et toujours sincère dans ses choix. Il affirmait souvent que nous faisons un métier de p… Je crois qu’il rend hommage aux unes et à nous. La passion profonde l’a inspiré et ses colères sourdes le tourmentaient. Je ne l’ai jamais entendu crier. Sa retenue calmait ses emportements. Tout se terminait par un sourire complice, une boutade. Son assurance dissimulait ses hésitations, et son autorité, l’indécision.
Joueur puéril, parfois candide, d’une candeur spontanée, il s’émerveillait de toute découverte, comme un enfant. Je me souviens : à l’atelier de la Fonderie Olive, je sifflais ou chantonnais quelques mesures de Bach, il me dit m’avoir écouté avec cet étonnement que l’on reconnaît à l’enfant découvrant… ici la musique (pourquoi pas le jeu de construction ?). Une autre fois, je contais quelque blague en espagnol, qu’il ne comprenait pas bien, seules les intonations que j’y portais le faisaient éclater de rire. « Racontez-là encore José ! »

Une très discrète connivence entre nous. Les atomes circulaient. Beaucoup de pudeur. Nous nous sommes toujours vouvoyés. Il considérait sans doute comme moi-même que le tutoiement n’est pas nécessairement la meilleure distinction de l’amitié. Il serait injuste, je crois, de ne reconnaître en lui que des qualités. Certains aspects de son comportement dans le travail étaient souvent agaçants (mais quand on aime, on ne compte pas !). Il n’était jamais là quand sa présence l’exigeait, toujours
une course à l’extérieur, un client à voir d’urgence ou un paquet de Gitanes à acheter! Alors, alors il fallait improviser, savoir deviner son intention, ses souhaits, qu’il s’agisse de formes ou de couleurs. Ses couleurs nous les connaissions bien : le « bleu RAF et le jaune moutarde » ; quelques autres aussi dont il fallait sentir son approche la plus fidèle. Plus difficile la définition d’une courbe, il a les siennes, moi les miennes, très différentes. Une grande habitude de son geste, de la façon très
spontanée qu’il avait de signifier une intention, et un respect de son mouvement permirent d’accommoder les démarches et de demeurer « Excoffon ».

Je ne puis évoquer ses créations sans mentionner la profonde empreinte que lui laissa son appartenance à la peinture et sa formation issue de la peinture. Je ne sais en parler, elle n’inspira pas mes débuts, mais il admirait je crois les Paolo Ucello, Fra Angelico et leurs contemporains italiens. Soulages. Hartung et quelques autres comme Mathieu situèrent Excoffon dans un courant contemporain, mais structuré, dépouillé, où le geste soutenu par la couleur prédomine.

Son activité publicitaire lui permit de s’exprimer totalement, les formes abstraites mais signifiantes illustrèrent longtemps ses encarts pour de grands laboratoires de pharmacie. Il m’étonnait infiniment, bouillonnant d’idées, improvisateur génial, son sens aigu des nuances et des masses des harmonies et des tons trouvèrent dans ce type d’illustrations la faculté, combien puis sante, de suggérer.

BANCO, MISTRAL, VENDÔME DES CARACTÈRES À CARACTÈRE !

Mais Excoffon est l’inventeur exceptionnel des formes de la typographie Olive. Que l’on me permette un parallèle entre les créations Olive et Citroën. Une succession de caractères Olive-Excoffon a marqué la typographie française contemporaine d’une originalité incontestable : Chambord, Banco, Vendôme, Mistral, etc, comme les modèles Citroën ont marqué l’esthétique automobile: la trèfle, la 11 et la 15 cv, al 2 Cv, la DS, etc… l’un et l’autre remportant un semblable succès.

Excoffon a su avec génie être différent. Dès après la guerre, la Fonderie Olive fut dominante, grâce à la très grande vitalité et à la compétence de ses agents commerciaux, mais surtout à l’exceptionnelle originalité des caractères créés par Excoffon. II se disait, dans la profession, que ses caractères ont été et sont des caractères de mode, en y attachant bien sûr une notion « d’éphémère ». Pourtant, aujourd’hui, il n’existe pas un seul village ou ville fançais, du Midi, du Centre ou d’ailleurs dont les enseignes des boutiques ne soient inscrites en Banco, en Choc, en Mistral. Ephémère ? Bien qu’il disait s’en moquer un peu, je crois qu’Excoffon pouvait être fier d’un tel succès, d’une telle pérennité ! On peut être indifférent à sa propre image, mais pas à celle que l’on révèle dans sa création ! C’est sou
vent étranger à l’orgueil : c’est certainement une grande satisfaction, sereine et stimulatrice.

Dès la fin de la guerre, le Chambord (linéale double) fit la renommée d’Olive ; il fut dessiné pour concurrencer le Touraine de Deberny et Peignot qui ne parvenait pas à se diffuser amplement. Pourquoi le Chambord eut-il tant de succès ? Probablement une publicité jeune, nouvelle et dynamique y contribua-t-elle. De cette concurrence naquit l’ATYPI (Association typographique internationale) à l’initiative de Charles Peignot.

Excoffon qui ne procédait pas directement de la filière typographique a sans doute innové chaque fois dans des secteurs bien particuliers, l’originalité, la publicité, la nouveauté et un dynamisme certain.
Excoffon fut et demeure un homme écouté, et discuté, contesté et admiré, ou envié. Je suis certain que l’extraordinaire séduction qu’il dégageait gênait beaucoup, mais nous avons tous succombé. Rien de mièvre, ni de superficiel et pourtant c’était aussi une cigale, désinvolte, s’amusant parfois comme un enfant, profond et obstiné, instable mais opiniâtre et subtil.

le vendôme

Le caractère sans doute le plus célèbre de la Fonderie Olive fut le Vendôme. Il est pourtant signé Fr. Ganeau. En effet, c’est François Ganeau qui commença les premiers dessins d’essai du caractère qui devait être le Vendôme. li fallait renouveler et rajeunir le Garamont en créant un type classique mais moderne.
J’ai vu les épreuves des essais de Ganeau et je peux témoigner que tout, ou presque, ce qui fit l ‘originalité du Vendôme, y compris une agressivité (excessive à mon sens) désirée, est dû à la patte d’Excoffon, au jeu subtil auquel il se livra avec les formes, les schémas, les habitudes, les conventions. Très dynamique (trop) très nouveau, neuf et acharné, le Vendôme est un caractère de combat plus que de calme, mais quelle réussite ! On volt à l’examen des autres séries italiques, gras, noir,
toutes les intentions, mieux perçues dans ces séries, qui marquèrent dès le romain la couleur du prototype.

Excoffon ne dessinait pas tout lui-même, il confiait à ses collaborateurs le soin de mettre au point, d’exécuter. Il m’a fallu de très nombreuses années pour m’apercevoir combien cet homme savait, sans expliquer, démontrer ou décrire, transmettre à ceux à qui il s’adressait, exactement ce qu’il désirait figurer : « Vous voyez? » Un petit claquement de doigt sec, et l’on comprenait, ce n’était pas évident ! Mais je crois l’avoir bien, très bien compris. Beaucoup de finesse, de subtilité, de raffinement et
d’hésitation. Jusqu’où peut-on aller ?… Souvent perfectionniste, cela retardait la marche, mais cela fonctionnait bien ; pas comme une machine « d’outre-Jura », c’était très latin, quelque fois éprouvant pour des esprits cartésiens, mais jamais la monotonie ni l’ennui.

Le Mistral

Génie encore avec le Mistral. Chacun voulait y voir la transcription de sa propre écriture, celle de R. Excoffon. Il s’en défend avec acharnement, il a tort et à la fois raison, i
Certes, Excoffon avait une écriture assez illisible qu’on n’imaginait pas à l’origine du Mistral. Et pourtant! Les directions multiples des hampes, certaines finales, l’antisystème, le désordre vif et spontané, la vigueur, les raccourcis de l’écriture d’Excoffon peuvent être décelés dans ce caractère. Rejet ou accentuation des intentions graphiques du scripteur ? Sans doute tout à la fois ! Toutes les fonderies de caractères ont une « écriture », des « écritures », aucune n’imagina autant de réalisme, de naturel.

Dans la foulée du Mistral, la Fonderie Olive, et donc Excoffon, décidèrent d’ajouter une série, le Choc, inspirée du précédent, mais plus dense, non liée, d’une facture vigoureuse, très vigoureuse, dans l’esprit des écritures à la brosse. Caractère destiné aux publicités, aux titres courts, aux phrases choc, il se tailla dans ce marché un succès très certain. Il était, de plus, auréolé du prestige de jeunesse et vigueur de la Fonderie Olive.

Le Banco

J’aurai dû, plus tôt, évoquer le Banco qui précéda le Choc et le Mistral. Il fut dans les années 50 le plus populaire des caractères de fantaisie employé partout, dans toutes les publicités, dans tout l’hexagone, sur tous les supports. Il orna, et continue aujourd’hui, trente ans après, d’illustrer les enseignes de boulangeries, pâtisseries, charcuteries. C’est un succès considérable, c’est très étonnant ; certaines imitations étrangères ne parvinrent jamais à l’égaler. Je crois qu’Excoffon souhaitait un jour en refaire une version plus rigoureuse. Il fut, longtemps après, étonné par l’image de ce caractère auquel il souhaitait adjoindre un bas de casse, il me l’avait confié, lorsque, parfois, nous parlions typographie !

COMMENT JE L’AI RENCONTRE

En 1955 j’étais chez Maximilien Vox « détaché » de Cliché-Union et je dessinais des lettres, des titrages, de futurs alphabets, très solitaire. Venait chez Vox toute la typographie célèbre : Stanley Morison, Fernand Baudin, John Dreyfus, Frutiger et combien d’autres ; y venait aussi Roger Excoffon. Un soir Vox me présenta à lui qui s’intéressa vivement à mes travaux. Quelques minutes de conversation, avec cette façon qu’il avait de marmonner quand il ne connaissait pas ses interlocuteurs, bref,
concis, très aimable mais peu perceptible. « SI vous voulez, vous entrez chez moi dès demain à la Fonderie Olive. » (C’était près du Luxembourg, rue Crébillon, le seul quartier de Paris qui me convenait !) Vox, après son départ : « Mon petit vieux, il y a des occasions dans la vie que l’on n’a pas le droit de laisser passer. •» Le lendemain j’étais avec Excoffon,

En 1955, il était l’idéal pour moi, celui qu’il fallait approcher, lui le créateur des succès de la Fonderie Olive, à la typographie latine raisonnable. J’y suis resté près de cinq ans. Le perfectionnisme d’Excoffon se définirait ainsi: le soin qu’il avait de porter à la perfection, sa perfection ; telle courbe ou telle épais seur nous conduisait à refaire, à repréciser, retoucher des lettres des journées entières. Dessinées, elles étaient affichées au mur et alignées côte à côte pour en juger le poids, l’ha rmonie, les rapports entre elles. Travail long, agaçant, jamais fastidieux. Il faut dire que faire. le dessin d’une lettre et le pousser jusqu’à sa forme parfaite est un travail captivant ponctué de temps d’angoisse.

DU DIANE A L’ANTIQUE OLIVE

Ce fut ensuite le Diane, écriture anglaise non conventionnelle dont les formes, les attaches et les hampes furent des innovations. Il fallait d’abord résoudre le problème des écritures de cette famille : le crénage et des plombs solides. La très grande technicité de la Fonderie Olive à Marseille résolut les problèmes de gravure. Nous devions, nous, adapter les dessins à cette technique. Les capitales de Diane furent au début très ornées « avec beaucoup de fions » et gravées ainsi, mais une partie de la clientèle, les imprimeurs, les ressentaient trop ornées. D’autres furent donc dessinées, gravées et proposées au marché. Beaucoup plus traditionnelles dans leurs principes. Les imprimeurs revinrent vers les premières.

Le dessin des capitales du Diane fut l’objet de mes premières divergences avec Excoffon, le geste non calligraphique était mal ressenti et le type même des courbes n’était pas celui que mon geste m’eut inspiré. Différent, le Diane n’eût sans doute pas connu le très grand succès qu’il obtint. Rares sont les imprimeurs typo, qui demeurent encore, à ne pas avoir dans leurs casses le Diane d’Excoffon. La couleur d’un corps 12 (3 oeils), voire d’un 16 est excellente.

Entre-temps l’aventure du Calypso. Initiales baroques, initiales de jeu, gadget, issu de l’esprit d’Excoffon comme un diverti ssement dont l’usage bien particulier ne le conduirait pas à composer des textes, seulement des mots très courts, une lettrine ; il fut aussi la démonstration de la qualité de gravure de la Fonderie. Excoffon cherchait les formes sur calque, au crayon.

Le principe était celui d’une feuille métallique courbée, découpée unique, dont les plis et découpes produisaient le schéma des lettres. Un dessin à l’aérographe était ensuite traduit en double dégradé, point par point, au balustre et « entièrement fait main ». Aucune trame mécanique n’aurait pu traduire des dégradés courbes : nous avons fait trois essais de « trames » distinctes. Quel travail !

Bien sûr, Excoffon donnait tout son être dans ses créations. Tout aussi « achevées » qu’elles aient été, accompagnées du succès que l’on sait, il était tout à fait conscient que leur emploi serait le divertissement, pour des travaux de ville, voire de la Publicité (excepté le Vendôme). Et depuis longtemps il cherchait d’autres formes pour un caractère de base, destiné au texte.

Frutiger avait mis au point et dessiné l’Univers pour Deberny et Peignot et toutes les fonderies créaient des linéales, toutes.
La mode était aux linéales. Certaines assez semblables, d’autres quelque peu différentes, la plupart suivaient une architecture « méthodisée ». Seules les graisses, les approches, la couleur pouvaient les différencier (aux yeux des presque profanes !).

Excoffon et Marcel Olive décidèrent aussi de créer une linéale. Avec Excoffon elle ne pouvait être que différente. Curieusement, la première série lancée sur le marché fut le Nord, caractère très gras, très affirmé, destiné au titrage capitale ou bas de casse pour la publicité. C’était avoir très bien vu et visé. La publicité offrait effectivement la meilleur base d’essai pour un nouveau type. Dès qu’il fut disponible et vendu aux imprimeurs, le Nord connut un succès immédiat. Il est intéressant d’observer avec attention le Nord, surtout le bas de casse, partout où les structures le permettent (les signes ont une forte graisse) ; il est déjà possible de percevoir les multiples interventions, non habituelles, de renforcement des silhouettes annonçant l’élaboration beaucoup plus poussée de la future Antique Olive. Fort de la réussite, modifiant les renforcements de graisse, l’Antique d’Excoffon allait se préciser. C’est une démarche fort passionnante (je dois cependant dire que jamais je ne fus en accord avec ces bouleversements de structures qui se situent à l’opposé du geste écrit) qui précéda et accompagna la genèse de l’Antique d’Excoffon. Elle s’appuyait sur le principe que c’est la partie supérieure des lettres, donc des mots, qui semble nécessaire et suffisante à la perception des silhouettes.

Excoffon s’empara de l’argument en exagérant les structures significatives, en diminuant au maximum possible les hampes supérieures et inférieures. Ce fut sans doute trop. L’oeil très gros du caractère obligeait à interligner. Mais le processus fut un modèle du choix d’une esthétique menée à son terme. Pour les quelques initiés du studio Excoffon d’alors, nous avions nommé ce caractère à son tout début le Catsilou (rencontre fortuite des quelques lettres déterminantes disposées au mur qui furent le premier nom de l’Antique Olive). Les premiers dessins furent des caricatures pour juger le « là où l’on peut aller top loin ». Lettres peintes à la gouache, gris et noir, puis exécutées et gravées en fonte d’essai. La technique d’Excoffon fut d’ôter progressivement un peu de ce que l’on avait trop apporté (il existe des approches différentes). Cette genèse fut une aventure ! Quelle passion il y apportait, cet artiste presque technicien, qui se « f… de la technique » et affirmait avec raison que nous n’étions pas des artistes. Opiniâtre, délicat, très sensible, vigoureux, sobre, entier, honnête, c’est un être de passion !

L’Antique Olive, je crois son dernier caractère, eut ce mérite immense d’être la seule, la seule a être très différente de toutes les autres. Elle a un remarquable succès, reprise en photocompo en Allemagne, en U.S.A.

Mon Cher Excoffon, ce propos vous paraîtra peu cohérent, peu ordonné ; j’ai sans doute beaucoup oublié d’important car j’ai voulu noter quelques petits faits, parfois insignifiants, mais que nous connaissons bien et nous font revivre des moments passionnants. C’était hier ! Je n’ai su faire un catalogue parfait,

j’ai noté de petites anecdotes et je vous aimais bien.

José Mendoza – 1983

Hommage par Gérard Blanchard

Excoffon : nom sonore et chantant — dans les notes étouffées — celui d’un Dauphinois né à Marseille — d’un Marseillais qui ressemble à un Anglais — d’un Britannique d’apparence qui aurait l’âme janséniste et romantique… » Ainsi Maximilien Vox faisait brièvement le portrait d’Excoffon (dans un numéro de Caractère Noël que Christine Mazerand a repris dans son livre Le graphisme en français consacré aux Rencontres Interna tionales de Lure dont Excoffon fut le président de 1963 à 1968).

EXCOFFON ET LES RENCONTRES INTERNATIONALES DE LURE

Trois faits remarquables en ce qui concerne l’action du nouveau président : la volonté de donner plus d’audience à ce qu’il appelle désormais « Les Rencontres de Lure » plutôt que l’Association des Compagnons de Lure et, pour ce faire, de placer la réflexion à un niveau supérieur en faisant appel à des intervenants de
très haut niveau.

Cette politique de qualité se place résolument sous le signe de ce qu’il appelle « le visualisme ». Cette notion tend à faire éclater les limites trop étroites du graphisme ou du moins d’en élargir le champ. On verra ainsi aux Rencontres de Lure des architectes d’avantgarde comme Parent et Virilio ou Georges Patrix, des peintres graphistes comme Vasarely ou Georges* Mathieu, des « designers » comme Inamura (celui qui peint le métro de Tokyo en « rouge baiser »), des musiciens utilisant l’informatique comme Pierre Barbaud, des écrivains comme Ionesco (à l’époque où Excoffon 1 1Massin met en pages sa « Cantatrice chauve ») et de nombreux publicitaires de talent, que ce soient les Pampuzac, Sautet, Palmade, Guérin, Savignac, Villemot, etc.

L’ouverture au domaine anglo-saxon — entreprise par Vox — est continuée. Surtout, Excoffon tente d’imposer aux Rencontres une réflexion sur le signe avec Jacques Bertin, dont il estime
la Sémiologie graphique indispensable aux métiers du visualisme, et avec Gilbert Cohen-Séat.

C’est à peu près l’époque où il rencontre Roland Barthes dans un groupe de travail sur « la signalisation dans les aéroports » dont Charles Peignot est l’instigateur et le rapporteur. Excoffon a toujours eu du goût pour une certaine théorisation paradoxale. Il laisse peu d’articles écrits signés de lui (écrits par d’autres, mais directement inspirés et contrôlés minutieusement part lui). Il aimait les mots, les mots dans leur rareté (c’est pourquoi il appréciait ses « rédacteurs » : René Thomas puis François Cali, au temps de la Fonderie Olive), les mots dans leur graphisme, les mots dans toutes leurs dimensions ; mais il appréciait aussi, en gastronome, les mots dans la succulence de leurs transformations, de leur vie… ce qui l’empêchait souvent de mettre un terme qui le satisfasse à leur perpétuelle errance. Le travail minutieux sur les textes des « plaquettes » de présentation des caractères de la Fonderie Olive était une dimension non négligeable du talent d’Excoffon, une autre façon de travailler « à partir du visuel ». A part de prestigieux exemples comme ceux de Vox (dans les Divertissements typographiques de Peignot, qu’il rêvait de surpasser), et, à travers Valéry (qu’il admirait), de Mallarmé en littérature, il n’existait pas grand chose encore — dans l’immédiate après-guerre en France — de cette écriture qui se fait en fonction de son emplacement dans la page (ou sur un monument). Je pense aux inscriptions du Palais de Chaillot, en Peignot pour un texte de Valéry.

Excoffon fut, en quelque sorte, le prototype d’une nouvelle race de lecteurs qui appréhendait le texte à travers sa matérialité. J’évoquerai ici un souvenir personnel d’Excoffon m’envoyant
lire pour lui à la Bibliothèque Nationale le livre de Javal sur la lisibilité des caractères — celui-là même que François Richaudeau a republié aux Editions Retz. Il s’agissait d’y repérer les études faites par le célèbre ophtalmologiste français sur un des caractères anciens de la Fonderie Olive reconnu comme un des plus lisibles. Je me souviens… tous les matins, pendant quelques minutes, Excoffon réunissait ses collaborateur(José Mendoza évoque plus loin cette époque) pour faire part de quelques réflexions théoriques pouvant aider à l’élabo ration de ce que nous appelions alors d’une sorte de nom provençal « Le Catsilou » et qui allait devenir l’Antique Olive.
Maximilien Vox définissait la qualité graphique d’Excoffon (dansvl’article précité) : « La graphie d’Excoffon fut provençale avant d’être française. Car vivacité ne veut pas dire facilité : Roger Excoffon, l’homme de la griffe et du paraphe (plutôt que de l’arabesque) est aussi celui de la force contenue ; du visage fermé à la romaine ; de l’improvisation, soit, mais vingt fois répétée… un saut périlleux au ralenti… Excoffon n’a pas de règles apprises, mais une discipline de soi, au sens monastique, déchirant — j’allais dire calviniste — , ce qui lui permet d’être tout entier dans son oeuvre, ce mélange d’accueil et de refus qui se résout (pour le spectateur) en une joie d’autant plus délicieuse, d’avoir été difficile… »

Je ne connais rien de plus juste pour définir le caractère d’un homme profondément réservé et secret en son art dans un domaine qu’on pourrait dire éminemment « ésotérique » : la typographie, José Mendoza sait en parler mieux que moi.

LA GRIFFE ET LE PARAPHE

La griffe (l’agressivité) est évidente dans les empattements renforcés qu’il impose au Vendôme de Ganeau, en 1952 et dans les « pointes » des pleins du « Diane » en 1956. Agressivité retenue dans les terminaisons « ex abrupto » de l’Antique Olive, bas de casse.
Mais parlons du « paraphe », puisque la calligraphie — heureusement — revient à la mode et que le « gestuel » sert de justification à trop de travaux bâclés sans maîtrise.
Le Mistral, le Choc, le Diane, le Calypso renvoient à des maîtrises du paraphe qui font se rejoindre la « culture » typographique regardée avec des yeux neufs et la sensibilité maîtrisée du peintre.

Excoffon admire des calligraphies occidentaux comme Mathieu, Soulage, Hartung (surtout Hartung). Ce qu’il admire c’est le travail qui, sans rien détruire de la spontanéité du geste, vingt fois (et plus) revient sur le métier pour retoucher, améliorer, refaire au besoin, répéter la performance comme un joueur de tennis, comme un tireur à l’arc (ou un calligraphe) japonais.

José Mendoza fait allusion à ses affiches bien connues, mais il faut évoquer auparavant un long travail de peintre dont il ne reste rien (toiles détruites) sinon cet apprentissage du regard qui pour Excoffon était tout.

L’observation, l’acuité du regard personnel en dehors de toute formation d’école (il détestait ça ! « Toute formation est une déformation », aimait-il à répéter), tout est là ! l’instinct ! une formation autodidacte mais passionnée. Cela veut dire : les Beaux-Arts (en passant), les cours de philosophie à la Sorbonne (mais en amateur), les ateliers de dessin (mais sans les procfesseurs), un peu de droit (dans l’orientation de sa famille), un travail de peintre jamais montré mais dont on peut dire qu’il est à la base de ce qu’on aurait pu prendre pour une grande facilité. On connaît l’anecdote de Matisse disant que pour faire aussi facilement un dessin, il lui avait fallu quarante et quelques années et trois minutes.

Avant que la mode n’amène au premier plan du marché de la peinture l’abstraction lyrique, Excoffon admire Fra Angelico, Derain et surtout Bonnard et sa joie de vivre. Il observe, il rivalise. Quand il commence à faire la publicité de la Fonderie Olive, il oppose au slogan de Peignot, « Le coeur de l’imprimerie française », son « Au service de l’imprimerie depuis cinq géné rations ». Il rivalise avec le meilleur.

La publicité exige qu’on soit « dans le vent », Excoffon essaie de sentir ce qu’il faut faire, puis essaie de faire mieux. La compréhension du travail fait pour Air-France, pour Bally, pour BP, pour la Caisse d’Epargne Ecureuil passe par les plaquettes de présentation de caractères.

Ce qui caractérise la typographie (au sens large) d’Excoffon c’est son goût pour la matière. Il y a, pourrait-on dire, d’une part la matière sèche : la construction équilibrée d’une forme, la « rigueur » (mot qu’il aimait). Une exécution précise comme le dessin d’un caractère d’imprimerie ; d’autre part : les accidents de la matière, la matière-matière (toutes les sortes de matières). Excoffon adore les effets de trames (trames mécaniques entre croisées, trames décalées, trames grossies, trames points ou trames-traits, trames-points faites à la main). Le « Calypso » est un effet de trame. L’idée vient de l’agrandissement élément de décor pris dans un simili de la revue Graphis et agrandi. Les trames de la gravure sur bois l’intéressent aussi. Il fait graver par Poilliot quelques-uns de ces « coups de pinceau à sec » dont il a le secret.

Le coup de pinceau, le paraphe, appartient (côté matière lisse) à la tradition du « fion » typographique, à la traduction par les graveurs de poinçons des coups de plume, des traits de plume des maîtres calligraphies. Mais le paraphe appartient aussi (côté matière granuleuse) à la calligraphie du pinceau de type oriental. L e « choc » a été un « mistral gras » (granuleux) avant de devenir le caractère que l’on connaît. Il y a eu des « fontes d’essai ». D’un côté on a le paraphe qui forme le sigle « Tpg » (en1952) et de l’autre on a le coup de pinceau qui forme l’avion d’Air-France, le coq français (et celui de Pathé) ou la chaussure de Bally (grossi à la dimension de l’affiche).

EXCOFFON, ARTISTE GRAPHIQUE

Dans cet esprit d’opposition du « lisse » et du « rugueux » (qui caractérise si bien l’art d’Excoffon), il faut mentionner aussi — opposé aux effets de trames — son goût pour les dégradés — machine en couleurs — que réussissaient si bien les imprimeurs « phéniciens » de l’Imprimerie « La Ruche ». C’est un procédé économique que l’on trouve encore, parfois, dans les affiches typographiques de province (pour les films, en particulier). Mais ces dégradés du rouge au noir ne sont pas subtils comme ceux que l’imprimé de luxe Modern’ Style a pratiqué et que je soupçonne fort Excoffon d’avoir regardé longuement, comme il savait si bien le faire. Ses couleurs à lui était : « bleu R.A.F. » et « moutarde ».

Il y a un autre contraste dont Excoffon a su tirer parti c’est l’opposition brillant (par superposition de teinte) et mat. La lettre très agrandie est un magnifique dessin « abstrait », les objets (avion, coq, chaussure) simplifiés à l’extrême, deviennent des signes graphiques à la limite du reconnaissable. La silhouette des skieurs des Jeux Olympiques d’hiver à Grenoble est comme oblitéré par la trame qui à la fois les cache et les révèle. Tel est l’art subtil (et ambigu) d’Excoffon. Ce qui en fait l’attrait et le mystère. Certes, souvent, les coups de pinceaux sont le fruit d’innombrables tracés et la composition des meilleurs morceaux (des meilleurs mouvements) de chacun. Cet assemblage, ce collage est ensuite minutieusement reconst itué. Une apparente spontanéité, dans sa perfection, est le résultat de maintes reprises. Je me souviens fort bien d’Excoffon scrutant avec intérêt les imperceptibles « raccords » des toiles de Hartung.
Le coup de zoom sur l’oeil-objectif du coq Pathé (dans le générique des « Actualités ») est, pour moi, l’équivalent de l’usage permanent que faisait Excoffon du compte-fils de tailleur (manié comme une loupe). Le regard ainsi porté — à travers le compte-fils — à la matière imprimée, est révélateur des bavures qui, dans l’ancienne impression typographique (celle de l’Imprimerie « La Ruche », par exemple) donnait la vie à la trop grande rigidité du trait « exécuté ».

L’ACUITÉ DU REGARD A PARTIR D’UNE CURIOSITÉ SANS LIMITES

Le secret d’Excoffon est là. Tel est, du moins, ce que j’ai appris à son contact quotidien pendant de nombreuses années. J’ai tenu à reconnaître cette dette à son égard lorsque j’ai soutenu à l’Ecole des hautes études ma thèse sur la sémiologie de la typographie. Ce que j’ai dit alors devant un petit nombre d’amis du métier et devant lui, je suis heureux de le reprendre ici. On ne dira jamais assez ce que nous perdons avec Excoffon, ce que perd la typographie française.

Gérard Blanchard

Conférence sur Excoffon

Voici la vidéo d’une conférence sur Roger Excoffon par Tony Simões Relvas et Samuel Rambaud, commissaires de l’exposition « Tout le monde connaît Roger Excoffon », exposition qui a eu lieu en 2011 au Musée de l’Imprimerie à Lyon.

Sources : Les images et les textes de cet article sont présentés à but pédagogique. Tous droits réservés.

• Le site de la bibliothèque de Lyon, en particulier le Corpus Typographique Français du Musée de l’Imprimerie

L’article parlant d’Excoffon sur le blog de Peter Gabor

• L’ouvrage « Roger Excoffon, le gentleman de la typographie » de David Rault.

D’autres grands noms du design graphique :
- JOSEF MÜLLER-BROCKMANN, « SWISS STYLE », 1914/1996
- FRANCO GRIGNANI, « GRAFICA CINETICA »,1914/1996
- ROLF RAPPAZ, « C’EST DE LA BÂLE », 1914/1996


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Vitra Design Museum

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Il y a quelques mois, nous visitions Bâle, où nous découvrions le travail de Rolf Rappaz. Ce séjour fut l’occasion de visiter le musée Vitra, situé à Weil am Rhein en Allemagne près de Bâle, c’est un musée privé consacré au design et au mobilier.

Le campus Vitra

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Vitra est l’un des plus grands fabriquant de mobilier design. Ils éditent depuis 60 ans les plus grands noms du design : Charles Eames et Ray Eames, Jean Prouvé, Verner Panton, Philippe Starck, Jasper Morrison, Ronan & Erwan Bouroullec, Hella Jongerius ou Arik Levy.

C’est à partir de 1981, après un incendie, que le site de l’usine de chaise a progressivement été reconstruit et agrandi : en 1989, Frank Gehry y construit un bâtiment de production et le Vitra Design Museum, sa première réalisation Européene.

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Le second bâtiment construit sera la caserne de pompier ! C’est l’architecte  irako-britannique Zaha Hadid qui va s’en charger.

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Par la suite se succèdent Alvaro Siza (hall de fabrication), Tadao Ando (pavillon de conférences), Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa (halle de transport), Jean Prouvée (station-service) et enfin Jacques Herzog et Pierre de Meuron pour le showroom : la Vitra House.

la Vitra House

La Vitra House qui a ouvert ses portes en 2010 est grand espace d’exposition permanente des produits de la collection Vitra. Il s’agit d’un empilement de 12 silhouettes de maison extrudée. Cet enchevêtrement  mélange intérieur et extérieur d’une façon concrète et poétique. La couleur anthracite choisie pour la façade  confère au bâtiment un sentiment d’unité et l’ancre dans la nature et le paysage environnant. À la manière d’une petite ville constituée d’une stratification verticale.

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La vue « by night » est également très impressionnante !

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À l’intérieur, les entrecroisements de panoramas impressionnants alternent avec des vues obstruées par des pans de murs. Les espaces intérieurs, en eux, sont blancs pour donner la prééminence à la mise en scène des meubles.

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Le royaume du design

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Ci-dessus, les figurines d’Alexander Girard. Nous tacherons de revenir prochainement sur le parcours de ce designer dans notre série d’articles sur les grands noms du design. C’est d’ailleurs ces mêmes figurines que s’imposent dès l’entrée dans le Vitra House, le décor de la banque d’accueil reproduisant une vingtaine de ces personnages.

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le Pop-Art Museum

Situé dans le bâtiment de Frank Gehry, le musée du Pop-Art nous propose un aperçu de l’immense collection d’œuvres de Pop-Art et de design que Rolf Fehlbaum, le fondateur de vitra, a collectionné à travers le temps. Il s’agit de mettre en avant une nouvelle image du Pop Art, dans laquelle le design joue pour la première fois un rôle central.

Ce musée repose entre autres sur des œuvres d’Andy Warhol, Claes Oldenburg, Roy Lichtenstein, Ed Ruscha, ou encore Richard Hamilton, qui sont mises en dialogues avec des projets de designers de l’époque, tels que Charles Eames, George Nelson, Achille Castiglioni ou Ettore Sottsass.

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Cette collection de design est probablement l’une des plus importantes au monde, à l’instar du MOMA à New York ou du Centre Pompidou à Paris, ce qui place le fabricant au même rang que ces institutions muséales. Le design graphique a également sa place dans ce musée !

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Business et muséographie

À travers cette exceptionnelle collection, la société Vitra a acquis une immense légitimité en matière de Design. On ne peut que reconnaitre et saluer cette stratégie d’entreprise qui impose Vitra au rang d’institution incontournable sur ce sujet. Ils sont depuis longtemps légitimes pour dire le « vrai sur le fond et la forme » du design.

Dès lors, cette position, habituellement attribuée à des institutions muséales publiques, prend une tout autre forme quand l’espace muséal et l’espace marchand sont mitoyens. L’une des fonctions du musée est d’organiser la médiation entre le monde savant et le grand public, cela passe par des dispositifs de médiation où des spécialistes s’accordent à produire une ou plusieurs pensées à propos de ces objets.

Dans le cas de Vitra, qui expose en partie des objets qui sont encore fabriqués et vendus dans leur show-room, la position de ce musée est ambigüe. Dès lors, le discours scientifique du musée peut-il être parfaitement objectif ? Pas sûr…


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Objet 3D en papier mode d’emploi

Il y a quelques semaines nous travaillions sur un projet d’affiche pour la fête du lac d’Annecy. Il s’agit d’un événement pyrotechnique qui a lieu sur les berges du lac depuis presque 100 ans. Cette année le thème était l’Arc en ciel.

fete-lac-annecy-2013-paper-art

La direction créative du projet consistait en une mise en scène photographique d’un décor réalisé en papier.
Il s’agissait de reconstituer les abords d’un lac imaginaire, avec un traitement « polygonal » des montagnes… dans un esprit « 3D-low-res ». Ce qui semblait simple à imaginer fut plus complexe à réaliser. Voici la méthode que nous avons mise au point !

Les secrets de fabrication

Si réaliser un cube, ou un cône en papier est à la portée de tous le monde, confectionner le patron d’une montagne « irrégulière » est une autre affaire ! Voici donc la méthode que nous avons mise au point !

Pour reproduire ce tutoriel, il vous faudra maitriser les bases de SketchUp pour la modélisation 3D. Il vous faudra aussi installer le pluggin « Unfold Tool » qui vous permettra de créer le patron en 2D.

la modélisation 3D

Dans notre cas, modélisation est assez simple : c’est une forme de montagne polygonale…
modelisation-montagne-3D-paper-art

Autre technique lorsque l’on n’est pas un pro de la 3D, dégoter un fichier 3D si possible en .obj.
Il existe plein de sites sur internet pour ça. Pour l’exemple, on va partir d’une magnifique banane trouvée ici : http://www.turbosquid.com

banane-3D

Ensuite on va réduire la résolution du modèle 3D. On va donc utiliser cet outil en ligne : http://n-e-r-v-o-u-s.com/projects/remesh/ ( sous Chrome de préférence, ça bug sous safari… ). En chargeant notre fichier obj, on va donc découvrir notre banane full-res.

banane-3D-mesh-hd

En jouant sur les différents réglages, on va diminuer la résolution du modèle 3D jusqu’à obtenir la définition souhaitée. On va exporter un fichier « .obj »
banane-3D-mesh-lowres

Bien sûr comme rien n’est simple, Google Sketchup ne prend pas en charge les fichiers .obj, il faudra le convertir en « .dae » en utilisant ce site par exemple :http://www.greentoken.de/onlineconv. On peut donc importer notre banane low-res sous sketchup !

banane-low-res-3D-sketchup

Générer le patron 2D

C’est à partir de là que le pluggin « Unfold Tool » va être très utile. Voici un rapide aperçu de son fonctionnement enfantin !

Il suffit de sélectionner face par face afin d’aplatir sur le même plan. On peut ensuite créer automatiquement les languettes pour le collage et on exporte le tout en format .svg que l’on pourra éditer dans illustrator afin de l’imprimer à l’échelle souhaitée ! Ensuite, il ne vous reste plus que quelques bonnes heures de découpage, collage et autres bricolages pour fabriquer votre objet en papier !

Le shooting photo

Une fois votre objet modélisé en papier, il ne vous reste plus qu’a réaliser la prise de vue photo…

making-of-paper-art-shooting

À vous de jouer !


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L’agence Graphéine c’est :

Une agence de conseil en communication spécialisée en Image de Marque, en création d’identités visuelles et de projets de communication

Notre agence est répartie en deux studios de graphisme qui travaillent de concert. Une agence à Paris, et une agence à Lyon.

Notre agence édite un blog sur le graphisme, les identités visuelles, la typographie, et la communication en général.

Graphéine Lyon
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69001Lyon
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