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Shepard Fairey, le ver de terre qui brillait avec les stars


25 avril 2016  |   0 Comments   |  2.7K vues

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De son vrai nom, Franck Shepard Fairey, est né le 15 février 1970 à Charleston en Caroline-du-Sud. C'est à l'occasion d'une exposition à la galerie lyonnaise "SpaceJunk" que nous rajoutons son nom à notre page des Grands Noms du Design graphique.

Génération Reagan

Milieu des années 80. Le hip-hop fait rage, le skate est religion. Un acteur –Reagan- est à la tête des Etats-Unis, la guerre froide bat son plein et le monde se tourne peu à peu vers le néolibéralisme. C’est la course à l’armement. Mais sous terre, un autre mouvement gronde.

À l’époque, la police condamne sévèrement le graffiti à New York, apparu une dizaine d’années auparavant. Mais l’interdiction de ce mouvement underground produit tout l’effet inverse : le street-art s’intensifie et gagne les autres villes américaines, en toute illégalité bien sûr. Tout aussi illégalement, Shepard Fairey et sa bande d’amis skateurs, alors à la Rhode Island School of Design, produisent des milliers de stickers à l’effigie du géant Andre Roussimoff. Plus connu par le doux nom d’Andre -ou 8ème merveille du monde- ses 2m14 et 235 kilos viennent de chuter sur un ring de catch pour la première fois depuis 15 ans. Comme une trainée de bombe en spray, ces stickers font le tour des Etats-Unis, et deviennent le nouvel étendard de la culture underground jusque dans les années 90. Distribués sous le manteau et collés un peu partout dans la ville, on y voit le visage d’Andre avec le texte : « Andre the Giant has a Posse » (André le géant a une bande de potes). Qui le colle affirme alors appartenir à cette bande.

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Rebond dans l’histoire ; la marque Andre the Giant est déjà déposée, et Shepard se voit contraint d’abandonner ses autocollants. Il ne se terre pas pour autant. C’est ainsi qu’OBEY voit le jour, avec le visage d’Andre en gros plan et un titre plutôt démonstratif extrait du le film Invasion à Los Angeles (They Live, en anglais).

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Véritable expérience phénoménologique (merci Heidegger), ces stickers servent, à l’époque, à mettre en avant des éléments que l’on a perpétuellement sous les yeux, mais que l’on est incapable de voir pour ce qu’ils sont vraiment. Libre à chacun d’en faire ensuite ce qu’il veut. Les conservateurs, gênés par le côté subversif et underground de l’autocollant, l’ont souvent arraché. Les rebelles, souvent collé, faisant grandir ce mouvement. En 2001, OBEY devient une marque de vêtements streetwear. L’empire Fairey voit le jour.

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Génération Bush

En attendant la gloire qui arrivera quatre ans plus tard en 2008, Shepard Fairey s’atèle, avec ses potos du collectif Post Gen, à créer une campagne anti-guerre et anti-Bush, à grand coup d’affiches inspirées du pop art de Warhol, des slogans de Kruger et du design constructiviste Russe de Rodtchenko. Fairey, Conal et One unissent leurs talents de guérilleros artistiques et engagés -entre sérigraphie, caricatures et murs peints- et « Be the Revolution » fait grand bruit. Résolument engagé, Shepard touche à tous les sujets qui le titillent. Écologie, économie, consommation… Sa devise : agir tout de suite, regretter plus tard.

Génération Obama

Et puis vient la gloire en 2008. Fairey fait peu de politique, ou seulement « quand c’est nécessaire » et après la gifle anti-Bush, le voilà au service du berger Obama. HOPE, CHANGE, PROGRESS, le visage du candidat est sublimé à la Fairey et mis en vente pour financer sa campagne (en partie). Voici le ver de terre amoureux d’une étoile (sic Victor Hugo) sauf qu’au lieu de ramper sous terre, au royaume underground, Fairey est projeté dans le firmament des stars. Joli destin pour un street-artist.

En 2015, Fairey redescend sur terre et retourne sa veste, déçu par l’homme qu’il avait soutenu, ou plutôt par ses promesses non tenues. Le ver de terre retourne dans son trou, pour mieux attirer l’œil sur ce qui lui passe par-dessus la tête. De temps en temps, on l’arrête même pour vandalisme. Car Shepard, face contre terre, n’a rien perdu de son engagement. Et pour preuve : à Lyon sont exposés en ce moment -et jusqu’au 4 juin- tout un tas d’affiches qu’il a réalisées sur le thème de l’écologie, à la galerie Spacejunk. Qui de mieux qu’un ver de terre pour représenter la majorité silencieuse et opprimée ? Cette exposition est l’occasion de voir un travail sérigraphique remarquable, aux slogans chocs et percutants, mais surtout malins comme on les aime.

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Voici donc quelques images de l'exposition Lyonnaise et des œuvres exposées...

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Textes : Tiphaine Guillermou

 





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