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Hans Hillman, l’affiche sans cinéma !

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Toujours triste de débuter le portrait d'un géant du graphisme, prévu de longue date, et de le publier après sa mort.
Cela force un peu à revoir sa copie, à changer les accords des temps, et surtout à se tourner sept fois "sa souris dans la page" pour trouver les mots justes. C'est donc à titre posthume que nous saluons "l'homme de la colline" pour son œuvre unique, et trop discrète en France !

Hans Hillman, 1925 - 2014

Hans Hillman, graphiste, illustrateur et designer allemand né en 1925 est décédé en mai dernier à Frankfurt.

C'est un précurseur qui dès les années 50 re-inventait l'art de l'affiche de film en Allemagne, qui fut le directeur artistique de la revue de culte "twen", du magazine culturel "Transatlantik" et pour le quotidien "Frankfurter Allgemeine Zeitung". Il avait également un carrière de 30 ans dans l'enseignement du design graphique.

Né en Basse-Silésie, en 1925, déjà très jeune durant ses années d'école la passion du dessin l'avait piqué. Il lui fallu attendre la fin de la guerre pour entrer à l'Académie d'État de Kassel. À l'époque, entre 1948 et 1953, c'est sous l'enseignement de Hans Leistikov, l'un des pionniers du design graphique allemand de la première moitié du 20e siècle, que Hillman apprenait ses gammes.

C'est pendant ses études qu'Hillmann rencontre le monde du cinéma. Il reçoit rapidement des commandes d'affiches pour les versions allemandes des films de Buñuel, Godard, Eisenstein, Kurosawa, ou encore Bergman. Durant cette période, il va développer un nouveau langage visuel qui va rompre avec les conventions traditionnelles du genre. Jusque dans les années 1970 Hillmann aura travaillé pour le cinéma et aura conçu en son nom plusieurs centaines affiches. Ses meilleures œuvres, comme l'affiche du "Cuirassé Potemkine" font désormais partie du canon de l'histoire du design international et sont depuis rentrées dans les plus prestigieuses collections, par exemple celle du Musée d'Art Moderne de New York.

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À la fin des années 50, il reprend le poste de son ancien professeur Hans Leistikov à l'Académie de Kassel.
Il y enseigne l'art de l'affiche publicitaire jusqu'à sa retraite en 1989, influençant par ce biais des générations de designers.

Au milieu des années 1960, la réputation du travail de design graphique de Hans Hillman n'est plus à faire, mais en parallèle, il nourrit une autre passion: l'illustration. Il contribue donc régulièrement, entre 1959-1971, au magazine pour adolescents "twen", le "Vingt-ans" Allemand. Vers 1980 il collabore avec la revue "Transatlantik".

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Entre 1968 et 2003, Hillman a été membre permanent du jury dans le Conseil consultatif de la Poste fédérale allemande, participant ainsi aux choix des timbres allemands. En 1994, il a été fait membre honoraire de l'Art Directors Club Allemand. Depuis 1961, il était membre de l'Alliance Graphique Internationale, la plus prestigieuse association de designer graphique au monde.

Au cours des dernières années, son travail fut reconnu et exposé. De nombreuses expositions personnelles lui furent organisées, principalement en Allemagne malheureusement ! Jusqu'à récemment, Hans Hillmann ne passait pas une journée sans crayon à la main. Maintenant qu'il a passé la "mine de plomb" à gauche, on peut commenter sans le faire rougir, qu'il "fusain" des plus grands graphistes et illustrateurs des 70 dernières années.

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Voici ci-dessous un auto-interview paru dans la revue "Graphic-designers Europe" en 1972.

"Auto-interview de Hans Hillman en 1972"

Quand on me demande de parler de moi-même, en tant que dessinateur graphiste, je suis parfois tenté de ramener tout à deux mots empruntés à la langue anglaise «just work», et tandis que je note, je vois ces deux mots se déployer sur le papier, grandir à 1 50 points environ en un bel et audacieux arrangement.
Ce motif, devra-t-il être très petit avec beaucoup d'espace blanc, encadré d'un trait fin comme un dessin quelconque? Etre manuscrit ou projeté sur moi-même (et photographié) ?
Dans cette éventualité, je devrais prendre une double page et me représenter, non pas debout, mais couché, au lit peut-être.
«Just work», je travaille maintenant, j'imagine toutes les possibilités que j'ai retenues, terminées, imprimées, tâchant de prévoir les réactions des divers groupes de lecteurs (dont le vôtre). Ce que le public (vous) espère trouver, dans quelles circonstances mon livre sera parcouru et quel effet produira la différence qui existe entre mon article et celui de mes collègues ?
Je veux bien parler de mon oeuvre ou plus exactement du déroulement de mon travail. À mon avis, cela offre plus d'intérêt que l'oeuvre achevée, probablement parce que rien encore n'est décidé. Il arrive que l'on exprime alors quelque chose qui surgit à l'improviste. Il y a un dicton qui dit que plus on connaît quelqu'un et plus il devient difficile de l'étonner. Si c'est vrai
pour moi, je dois souhaiter que mes amis se tiennent à une certaine distance.
Ma contribution au présent ouvrage consiste essentiellement en publicité de films, il serait peut-être utile de rappeler les faits qui ont conditionné mon travail et qui ne peuvent être saisis à travers les images représentées ici.

Les films
Les films pour lesquels j'ai réalisé des affiches (près de 150 jusqu'à présent) vont des premières comédies bouffonnes aux dernières productions de Godard ou Truffaut.
Cette liste comprend la plupart des metteurs en scène importants de tous les pays producteurs de films.
Ces bandes se rattachent à la catégorie du cinéma d'art, beaucoup sont projetées en version originale et consultées par les professionnels, ce ne sont pas de qrands films.

Le public
Une partie infime de la foule des cinémas, ne sont pas les habitués de la salle obscure, mais ceux qui
vont voir un film particulier.

Le client (distributeur de films)
Un ancien animateur de cinéma-club qui a commencé par montrer des films qui l'enchantaient personnellement,
puis réalisa qu'il y avait une lacune dans le marché du spectacle et qu'il pouvait la combler.

La publicité
Soit par affiches qui lancent les films, parfois placardées sur les panneaux d'affichage, mais toujours
exposées à l'entrée des cinémas, soit sous forme de dépliants, de feuilles volantes, de catalogues, de programmes.

Mon studio
Une grande et une petite pièce. Une chambre noire pour procéder au développement d'une partie de ma production. Généralement j'y travaille seul, parfois quelqu'un vient m'aider pour un temps limité. Les illustrations de cet ouvrage ont été faites pour diverses maisons d'édition et en majeure partie pour des nouvelles.
Le n° 4 de la liste, «J'ai rêvé être un chien qui rêve», est l'une des suites d'images d'une série d'histoires sans paroles qui seront publiées cette année encore sous forme de recueil : mon premier livre.

 

Voici une petite visite en vidéo de l'exposition "The Title is continued in the Picture" :

Der Titel wird im Bild fortgesetzt - Filmplakate von Hans Hillmann: Ausstellung im Museum Folkwang (movie posters) from Kunst+Film on Vimeo.

Sources : Les images et les textes de cet article sont présentés à but pédagogique. Tous droits réservés.

D'autres grands noms du design graphique :
- JOSEF MÜLLER-BROCKMANN, « SWISS STYLE », 1914/1996
- FRANCO GRIGNANI, « GRAFICA CINETICA »,1914/1996
- ROLF RAPPAZ, « C’EST DE LA BÂLE », 1914/1996
- ROGER EXCOFFON, «COUP DE MISTRAL», 1910/1983
- ALEXANDER GIRARD, «THE COLOR-FOOL», 1907/1993
- EDWARD BAWDEN, «GREAT ILLUSTRATION FROM GREAT BRITAIN» 1903/1989
- MARTIN SHARP, « SYDNÉDÉLIQUE » 1942-2013
- HERB LEUPIN, « UN GRAND SUISSE »“ , 1916-1999


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