Le blog qui soigne l'actualité du design graphique

Pictogramme « Handicapée »


Samedi 25 juillet, quelque part loin de Paris, sur une aire d'autoroute comme les autres...

Enfin, comme les autres avant que j'aperçoive en allant "là où l'on se doit d'aller sur une aire d'autoroute" un étonnant pictogramme...

On connaît bien son alter-ego masculin: le pictogramme "handicapé" blanc et bleu. Peut-être ne suis-je pas suffisamment attentif à ce genre de symboles... mais c'est la première fois que je vois "une handicapée" !

Du coup, je me suis plongé dans l'histoire de ce pictogramme.

Ce pictogramme a 40 ans !

Il est naît dans les années 60 au sein du mouvement international de défense des droits des personnes handicapées. Pour être précis, c'est à l'ONG "Rehabilitation International" que l'on doit l'initiative d'avoir organisé en 1969 un concours à l'issu du quel le travail de Suzanne Koefoed ( étudiante Danoise en Design ) est retenu. Cependant, on doit son succès international au soutient de la compagnie 3M qui le rendit largement disponible sur leurs étiquettes adhésives. Ce pictogramme sera rapidement confirmé par l'ISO et l'ONU pour devenir le symbole universel de l'accessibilité.

Comme le présente Francine Saillant et Patrick Fougeyrollas dans la revue Reliance (N°2007/3), ce pictogramme, icône d'une personne "handicapée" en fauteuil roulant, évoque un combat, celui de l'accessibilité la plus large aux lieux et édifices par les personnes marquées par l'expérience quotidienne d'une différence fonctionnelle. Aujourd'hui, on le trouve de partout, dans nos parkings, dans les ascenseurs, dans les toilettes...

La principale critique que l’on peut faire à ce pictogramme c’est sa faible polysémie. Il met en avant « celui qui ne marche pas », oubliant les autres catégories de handicaps : les sourds, les aveugles, les manchots … mais aussi tous les déficients intellectuels … ou encore les personnes âgées, voir les enfants en bas âge. Ce signe semble classer la personne « handicapée en fauteuil » en haut de la hiérarchie des handicaps, plutôt que de représenter la diversité des handicaps. D’ailleurs, l’article de la revue Reliance, nous rappelle que le symbole initial présentait la personne handicapée sans tête, celle-ci ayant été ajoutée par le jury du concours de 1969.

Polysémie vs Minimalisme

Je me demande bien quelle réponse de « graphistes » on aurait pu apporter à une telle question ! Il s’agit là d’un des exercices les plus difficiles du design graphique. Faire rentrer autant de significations dans un signe aussi concis tiendrait du génie !

Pourtant il ya bien quelques pistes, à commencer par l’usage de la couleur. Le mouvement Gay & Lesbien répond simplement à cette question en arborant un drapeau arc-en-ciel (représentation symbolique de la diversité des orientations sexuelles).

Au regard de cet exemple, l’icône blanche et bleue qui se veut universelle ( Bleu = Couleur de l’ONU ? ) semble bien neutre, et ne traduit qu’imparfaitement la complexité du sujet.

Comme tout designer graphique, nous utilisons au quotidien des signes transmis par nos ainées. Des signes qui se prétendent universels (en occident !). Mais notre rôle de designer c’est aussi de veiller à se que ses signes aient toujours la même valeur universelle, quitte à les faire évoluer en même temps qu’évolue la société.

Je m’éloigne du sujet initial, mais la liste pourrait être longue :
- Comment interprèterons nos enfants l’icône de la disquette ?
- Quid de la loupe à Papi quand le zoom se conjugue au numérique ?
- Une enveloppe du siècle dernier pour symboliser un Email ?
- Un sablier en guise d'attente !
- Un Compact Disc à l'heure du MP3.
...

cf: icones-obsoletes

PS: je donne un bon point à Apple qui à mis à jour son icône "Économiseur d'énergie" dans la dernière version de son système d'exploitation...

economie energie2 >  economie energie2

PS 2: Avis aux amateurs d'icônes obsolètes : la liste ne demande qu'à être allongée... N'hésitez pas à nous en signaler d'autres !


Partagez cet article sur :


5 commentaires :

  1. Tout ce temps, je croyais qu’il n’y avait que des hommes handicapés.
    Merci de m’avoir ouvert les yeux 😉

  2. @JUSTin : et moi je croyais que c’était les armoiries d’une famille tellement riche et puissante qu’elle possède une place de parking devant tous les lieux les plus visités ;).

  3. Petite erreur sur le nom de la designer danoise, Suzanne Koefoed ! 🙂

  4. admin :

    Merci Majda ! quelle précision !…
    J’ai corrigé !

  5. Lufograf :

    Merci pour ce petit espace plein d’esprit et de pétillance graphique !
    Voici ma petite contribution : http://www.routard.com/images_contenu/mag/dossier_mag/camping/logo_camping.gif
    Une irréductible mais obsolète petite tente triangulaire, qui continue a orner les panneaux routiers, alors qu’aujourd’hui la tente igloo a cannibalisé nos campings. 😉

Laisser un commentaire







Newsletter
Laissez-nous votre email et recevez votre dose mensuelle de Graphéine dans votre boite mail.