Temps et création #04 – optimiser son temps créatif et booster sa créativité

06 juillet 2021  |   0 Commentaires   |    |  

Dernier article de notre série d'articles sur le "Temps et la création", qui aborde les deux termes d'un point de vue plus pratique et méthodologique cette fois. Comment booster sa créativité et améliorer son temps créatif ? Il existe plusieurs techniques pour se mettre en condition.

Voici l'ordre des articles parus :

01 – Être charrette, une tradition pressante
Approche historique et sociétale : l'origine de l'expression et nos rapports à la pratique de la charrette dans nos sociétés

02 – L'impact du temps sur le cerveau créatif
Approche scientifique : comment notre cerveau perçoit le temps, les mécanismes qui se déclenchent lorsque l'on travaille sous pression, et les divers stimulants pour booster ses performances

03 – À la recherche du temps créatif
Approche humaine : qu'est-ce que la créativité et de quoi dépend-elle pour germer

04 – Optimiser son temps créatif et booster sa créativité
Approche méthodologique : quelques techniques pratiques pour augmenter sa créativité et atteindre le flow, un état de conscience optimal


Imaginons que vous avez une piste créative à rendre à un client. On l'a vu dans l'article précédent, vos capacités créatives dépendent de qui vous êtes, du moment de la journée où vous travaillez, de votre humeur etc. Mais voyons-voir ce sur quoi vous pouvez avoir le contrôle, et ce que vous pouvez mettre en place pour booster votre créativité et votre productivité. Ce ne sont bien sûr pas des techniques à suivre l'une après l'autre, mais un état d'esprit à cultiver et à atteindre, afin d'être dans l'ici et maintenant.

Stimuler et entretenir ses sources de motivation pour booster sa créativité

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On a souvent tendance à croire qu'un sujet nous attire ou non, et ce de manière définitive, alors que l'on peut tout à fait susciter et cultiver cet intérêt, d'une manière consciente et active. Même lorsqu'un sujet de nous attire pas de prime abord, il est possible d'agir en amont pour stimuler son cerveau. Car comme un bon feu, la motivation s'entretient. Mais pour cela il est bon d'agir en amont, pour préparer des braises sur lesquelles souffler le moment venu et donner vie aux flammes. Voici quelques moyens pour stimuler et entretenir sa motivation, chaque jour, au travail comme à la maison.

Entrainer sa curiosité et cultiver son ouverture d'esprit

D'après ce qu'explique Steven Kotler dont on parlera plus bas, l'une des braises à entretenir est la curiosité. La curiosité entraine la passion, qui favorise l'attention et la concentration, entrainant la motivation et l'efficacité. S'attacher à entretenir et développer sa curiosité sur un sujet précis permet d'exercer et d'alimenter sa pensée divergente, et donc d'à la fois entretenir et augmenter notre potentiel créatif. Cela entraine une cascade vertueuse de réactions en chaîne.

L'ouverture d'esprit que l'on acquiert en étant curieux (ou réciproquement !) permet à notre cerveau de créer de nouveaux liens, de connecter des idées variées et différentes entre elles, et de faire sens. Le sens nouveau que l'on crée en entretenant sa curiosité et sa créativité permet de faire naître une passion : plus l'on crée du lien sur un sujet en connectant des sources de curiosité, plus l'on libère de la dopamine et de la noradrénaline, et plus le sujet ou l'activité devient addictif et passionnel. Ainsi, on peut plus facilement se concentrer sur ce sujet, et être plus efficace. D'autant plus que remettre en cause ses acquis et s'avouer ignorant ou humble sur certains sujets permet d'être plus ouvert d'esprit et d'avoir de meilleures capacités cognitives.

La méthode aléatoire pour faire varier sa curiosité

Par exemple, on peut attiser sa curiosité et faire fonctionner sa pensée divergente en essayant de lier des sujets entre eux, même s'ils n'ont à priori pas de rapport. La "méthode aléatoire" de Edward de Bono (1968) propose de piocher un mot au hasard (un nom de préférence, qui se réfère à quelque chose de concret comme "poulailler", ou "cuir" mais qui n'a rien à voir avec le sujet qui nous intéresse) et d'ensuite d'y ajouter des idées et des concepts pour venir nourrir une réflexion. Cela permet de sortir des schémas de pensée classique et de trouver des idées nouvelles. On peut aussi s'aider d'images aléatoires par exemple et juste laisser jaillir notre imagination sans forcément chercher à les relier à notre sujet de base. En cherchant des idées pour un logo de salle de théâtre par exemple et en prenant le mot poulailler, on peut penser aux œufs, à la maison des poules, au renard, au corbeau et donc à la Fontaine, aux compliments, à l'éloquence... et avoir ainsi de nouvelles pistes de recherche, qui diffèrent des sièges en velours rouge et de la scène.

Inventer des histoires à raconter pour faire évoluer sa pensée

Pour lier les sujets entre eux, on peut aussi s'amuser à raconter des histoires entre plusieurs sujets, pour les lier verbalement. En remplissant les vides entre plusieurs concepts par du narratif, on invente un récit que le cerveau mémorisera plus facilement. On crée ainsi de nouveaux liens qui alimentent notre curiosité, car le cerveau ainsi stimulé s'amusera toujours à vouloir en tisser de nouveaux. Partager ces recherches curieuses avec d'autres personnes alimente nos réflexions et les fait évoluer pour les étoffer ou les remettre en question. Recommence alors un nouveau cycle de recherches créatives.

Par exemple, pour écrire cet article, j’ai d’abord abordé l’angle sociologique de la charrette qui m’a amenée à me poser la question philosophique du temps et de sa perception dans nos sociétés. J’ai ensuite creusé du côté des neurosciences et de l’horloge interne pour comprendre le fonctionnement du temps perçu par notre cerveau, ce qui faisait doublement écho avec une formation que je suivais en parallèle intitulée « gagner en efficacité grâce aux neurosciences » et une autre sur l’accouchement en tant que transe. J’ai donc pu créer des nouveaux liens entre ces sujets qui n’avaient à priori rien à voir, grâce à mes nouvelles connaissances et ma curiosité sur, entre autres, le fonctionnement du cerveau. Et c’est en lisant presque par hasard un article en espagnol sur la créativité que j’ai découvert le flow et les différentes approches de Steven Kotler. Le sujet du flow a ouvert de nouvelles portes extrêmement enrichissantes que j’ai pu recroiser et connecter avec toutes mes recherches précédentes pour compléter et finaliser ces articles. C’est en parlant avec mes collègues que j’ai confronté leur vision pratique et sensible de la créativité et que j’ai pu valider ou questionner mes acquis. Et c’est parce que j’avais tout cela en tête que j’ai pu ensuite écrire dans un état de flow.

S'informer et dessiner le plus possible pour cultiver sa créativité

Pour alimenter sa curiosité, on peut également faire de la veille régulière ; lire, voir et écouter des informations précises et en lien avec un sujet donné. On peut régulièrement prendre l'habitude de dessiner dans un carnet, peu importe que l'on fasse des croquis rapides en quelques secondes ou des caractères typographiques stylisés. Cet exercice a de nombreux bénéfices, il permet de solliciter notre mémoire, notre imagination, d'être concentré dans l'instant présent, de mettre en forme les liens que l'on a créés mentalement dans sa tête, de réduire notre niveau de stress... À force d'alimenter son terreau créatif et de s'exercer à ces pratiques, on acquiert des réflexes plus rapides, et on crée de nouvelles connections plus facilement qui servent de base pour entretenir notre curiosité et booster notre créativité.

Car plus on est curieux, plus on rassemble d'informations (pas toujours utiles, mais toujours intéressantes pour nous), plus on crée du lien, plus on est créatif... et ainsi de suite. Voilà pour le terreau créatif. Et lorsque l'on souhaite mettre en application sa créativité, on peut créer des conditions favorables pour canaliser cette créativité et la faire germer.

Faire des pauses régulières aide à trouver des idées et à être plus créatif

On pense souvent, à tort, que l’on trouvera plus de solutions créatives à un problème si l’on a le nez dedans et que l’on ne s’arrête pas. C’est ce que l’on nous demande de faire à l’école ou au travail lorsque l’on doit s’en tenir à des horaires réguliers et ne pas avoir l’air trop distrait. Le nez dans le guidon, on parait toujours plus sérieux et efficace (c'est ce dont on parlait dans le premier article sur la culture de la charrette).

Alors que notre cerveau ne fonctionne absolument pas de cette manière. Lors d’un travail créatif, s’acharner de longues heures d’affilées sur la résolution d’un problème est prouvé comme étant parfaitement contre-productif ! On l'a vu, mieux vaut d'abord avoir cultivé sa curiosité pour booster sa créativité.

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Travailler avec interruptions pour booster sa créativité

La loi d’Illich explique que la productivité (la capacité du cerveau à produire quelque chose) est limitée dans le temps et qu’à un moment donné elle devient inefficace : "après un certain nombre d’heures, la productivité du temps passé diminue d’abord et devient ensuite négative". Inutile donc de s'acharner à trouver l'illumination en travaillant 2h sans interruption (sauf si vous êtes en état de flow, on en parlera plus bas, mais dans ce cas vous avez probablement déjà eu l'idée). Steven Kotler explique que les messages chimiques des neurotransmetteurs ne sont pas émis en continu, et qu’ils ont un effet limité dans le temps. Notre capacité de concentration dure environ 20 minutes, d'où l'intérêt des pauses pour ne pas saturer quand on recherche une idée.

L'une des clefs pour stimuler la créativité et trouver une idée est donc de s’accorder de vraies pauses à intervalles réguliers, c’est à dire se vider la tête et sortir de sa tâche. Par exemple, d'alterner 2 minutes de pause toutes les 10 minutes pour une charge de réflexion légère, 5 minutes de pause toutes les 25 minutes (la méthode Pomodoro) pour des sessions créatives, ou 12 minutes toutes les 12 minutes dans le cas de tâches ennuyeuses ou mécaniques.

La pause permet de trouver de nouvelles idées créatives, de gagner en efficacité, de débloquer des situations compliquées, tout en prenant soin de sa santé. Quand on parle de faire une pause, l’idéal est de changer d’air, se lever, faire un geste répétitif et machinal, écouter les p’tits zoiseaux, regarder autre chose qu’un écran. Bref, être dans l'instant présent.

Cultiver l'art de ne rien faire favorise la créativité

En faisant une telle pause après une session de travail intense, vous aurez l’impression de ne rien faire, d’être inutile et c’est tant mieux ! Mais détrompez-vous : votre cerveau, lui, ne prend jamais de pause, pas même quand vous dormez. Cet article de Cerveau et Psycho explique le caractère indispensable de la pause pour les personnes créatives. « Ces moments de déconnexion sont, en réalité, précieux : ils nous offrent l'occasion d'explorer de nouvelles idées ou fantaisies, de renforcer certains souvenirs ou de tisser des plans d'avenir. Notre cerveau simule ce qui pourrait arriver et nos différentes possibilités d'y répondre. » En d'autres termes, il crée les fameuses connections d'idées nécessaires pour faire jaillir des concepts créatifs. Ainsi, « le vagabondage mental est un socle de la créativité. » La pause permet, en lâchant prise, de simuler des situations nouvelles pour façonner des idées divergentes, et ainsi prendre du recul vis-à-vis du problème.

Concrètement, vous pouvez utiliser un compte à rebours et décider de lever le nez toutes les 25 minutes, ou utiliser une application comme Pomodoro (justement) qui fait des rappels de pauses... à condition de lâcher son portable ensuite. Une montre fait tout aussi bien l'affaire !

Le smartphone est le pire ennemi de la créativité

En effet, le smartphone est une très mauvaise idée pour trouver l'inspiration, car il ne repose absolument pas le cerveau. À cause des notifications visuelles et sonores permanentes qui nous envoient des doses de dopamine et nous font miroiter un message ou un like, notre cerveau est sans cesse sur le qui-vive, projeté dans le futur, en train d’attendre une nouveauté pour le stimuler et secréter à nouveau de la dopamine. Nous ne sommes donc jamais dans l’ici et maintenant avec un smartphone, jamais entièrement concentré ni déconnecté.

Pour lutter contre la compulsion de regarder son téléphone, le mieux est de rompre ses habitudes addictives, et de faire un sevrage de dopamine. Difficile, mais extrêmement bénéfique ! On peut par exemple commencer par supprimer les applications, ou les déplacer loin de nos écrans d'accueil pour ne plus les retrouver par réflexe, et couper bien sûr toutes les notifications. Pour les plus téméraires on peut carrément décider de vivre sans smartphone (comme moi) et ainsi se reconnecter à l'instant présent. Radical, mais efficace.

Vagabonder au bureau

Le vrai problème est qu’aujourd’hui il est difficile de « ne rien faire ». Notre époque de sur-stimulation constante ne laisse pas de place à l’oisiveté. Sans compter que nos smartphones dévorent la moindre minute de libre qu’il nous resterait pour « ne rien faire », stimulent notre réactivité en nous projetant sans cesse hors du moment présent, et bouffent les dernière miettes de notre vagabondage mental. Tout l’inverse d’une pause bénéfique. Pascal l'avait écrit : « Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » Alors imaginez pire : dans un bureau ! Tout notre temps y est déjà consacré à diverses tâches millimétrées et surtout chronométrées. 8h de travail 5 jours sur 7, une pause à midi : notre efficacité est cadrée, comptée, rythmée. La course contre la montre est plus en vogue que le nez en l’air. Alors, pour être plus créatifs, essayons de remettre un peu de vagabondage dans nos journées bien chargées !

Mieux respirer pour baisser son stress

Que l'on soit favorable ou réfractaire au stress, on peut mettre en place des techniques pour le conditionner ou le faire diminuer. Si l'on aime la tension, on peut décider de se programmer une heure ou une date butoir fictive mais ferme pour se motiver à rendre un projet plus rapidement. Évidemment, il faut s'y tenir, et pourquoi pas mettre un chef de projet dans la boucle et jouer le jeu à plusieurs ?

Pratiquer la cohérence cardiaque et la respiration ventrale

Au contraire, pour faire baisser le niveau de stress et favoriser la pleine concentration, il existe des méthodes de respiration favorisant la cohérence cardiaque qui ralentissent et synchronisent les battements du cœur et diminuent le niveau de cortisol. L'idée est d'inspirer et d'expirer durant une durée égale. Vous pouvez inspirer en comptant mentalement 5 secondes puis expirer sur 5 secondes, sur plusieurs cycles et plusieurs minutes, et augmenter progressivement jusqu'à 8 secondes par exemple, tant que vous vous sentez à l'aise et serein.e. Comptez un cycle d'inspiration-expiration en joignant votre pouce à votre majeur, puis un 2e avec votre index etc jusqu'à l’auriculaire et répétez 3 fois chaque main, soit 12 respirations complètes.

Vous pouvez aussi vous exercer à respirer avec votre ventre, en vous concentrant sur votre nombril qui monte et redescend, sans bouger les côtes. Vous pouvez mettre une main sur votre cœur et l'autre sur votre ventre pour mieux sentir les mouvements. Il est bien sûr possible de combiner ces deux exercices de respiration synchronisée.

Synchroniser le cœur et le cerveau pour limiter le stress et augmenter ses capacités cognitives

C'est scientifique : en ralentissant son rythme cardiaque on invite le cerveau à ralentir le rythme de ses ondes, à passer du rythme cérébral bêta à alpha qui sont les ondes de la relaxation légère et du calme, favorisant la mémoire et l'apprentissage. La cohérence inspiration-expiration permet de synchroniser le cœur et le cerveau ; le cognitif et l'émotionnel. Cela augmente l'activité parasympathique, et favorise la stabilité émotionnelle. C'est également ce qui se passe lorsque vous écoutez une musique avec un rythme particulier que vous connaissez par cœur, ou si vous faites un geste répétitif qui ne demande pas d'effort particulier (la respiration consciente donc, mais aussi la marche, le tricot...) : vous entrez dans un état méditatif. Ainsi, non seulement vous serez moins stressé.e, mais vous serez aussi plus efficace.

Le flow, un état de conscience optimal qui favorise la créativité

Et puisque l'on parle d'état méditatif, un excellent moyen de stimuler son cerveau et de donner le meilleur de sa créativité est de plonger dans le flow, un état cérébral puissant qui décuple nos capacités créatives. Le flow en soi n'a rien à voir avec la créativité, mais il lui permet de s'exprimer pleinement et sans entrave. C'est pourquoi lorsque l'on est créatif ou que l'on veut booster sa créativité il est intéressant de faire l'expérience du flow.

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Le flow : le Graal des créatifs

Steven Kotler est spécialiste, entrepreneur et chercheur dans bien des domaines dont celui du flow. Il explique que le flow est un état de conscience optimal, dans lequel on se sent le mieux et où l’on est au maximum de ses capacités mentales. Le flow est comme une bulle dans laquelle nous sommes concentrés et absorbés entièrement par une tâche, tout le reste autour s’efface : la sensation de faim, de fatigue, la notion du temps…

Le flow est un état universel que n’importe qui peut expérimenter, mais qui est particulièrement recherché chez les personnes créatives. Les sportifs, musiciens, étudiants, artistes, mais aussi les yogis ou les moines font plus souvent l’expérience du flow, qui demande une grande concentration, non pas en tant qu’effort mental mais plutôt comme ouverture, acceptation des possibles et lâcher prise.

On l'a vu dans notre article sur le cerveau, notre cortex préfrontal s'inhibe en partie, l'hémisphère droit (siège des émotions) devient prédominant, les échanges des connections synaptiques neuronales sont plus rapides et relâchent tout un tas de substances chimiques. On devient à la fois extrêmement efficace et focalisé. C’est pourquoi notre cerveau recherche en permanence cet optimum. Corine Sombrun, ethnomusicologue experte de la transe ayant des capacités d'auto-induire des transes chamaniques, explique que "la transe (le flow, ndlr) c'est aller dans ce périmètre où l'on n'est plus personne et tout à la fois, et la plupart des artistes vivent ça, c'est magique : on n'est plus égocentré ni ce qu'on a l'habitude d'être, on n'a plus la rumination du mental ni cette notion du je, du je pense". Vous avez peut-être déjà vécu cela un jour ? Sinon, voici quelques pistes pour en faire l'expérience.

Comment atteindre le flow : mise en condition

L'idée ici n'est pas d'induire une transe chamanique mais seulement de mettre son cerveau dans des conditions spécifiques. Il devient alors possible d'inhiber en partie sa raison et de laisser fluctuer son hémisphère droit en roue libre, lui, qui pense en images et s'inscrit dans le moment présent. L'expression de la créativité devient alors fluide, limpide, sans freins.

S'accorder du temps, sans distractions

On l'a vu, notre capacité de concentration dure environ 20 minutes. Mais pour induire le flow, qui est cet état créatif intense et complet, idéal pour développer une idée, il faut d'abord s'accorder entre 90 et 120 minutes de concentration intense sans aucune autre distraction (sans notifications, donc), et s’y tenir.

Pour cela il est nécessaire de se couper du reste du monde. Notre cerveau passe son temps, comme un casque réducteur de bruit, à trier les stimuli non-nécessaires : nous couper des bruits de la rue ou des clicks de souris des collègues, ne pas voir tous les détails de notre environnement, trier les odeurs… sans que l’on s’en rende compte. Pour l’aider à mieux se concentrer et pour être dédié à une tâche particulière, on peut volontairement se mettre dans une bulle, par exemple avec un casque réducteur de bruit justement, en coupant son portable, en s’éloignant des collègues ou des distractions.

À l'inverse, une musique répétitive ou binaire suivant un certain rythme (autour de 133 BPM par exemple, mais cela dépend de chacun) peut parfois accompagner voire induire cette transe car elle sur-stimule l'hémisphère droit du cerveau et les pulsations du cœur. Certains ont même recours à l'i-dosing, des sons spécifiques censés stimuler le cerveau à la manière des drogues, et on comprend mieux pourquoi.

Avancer pas à pas

Une fois ce temps créatif défini et cette bulle mise en place, on peut se focaliser sur une tâche à très court terme à accomplir qui, une fois anticipée puis réalisée, va venir sécréter une dose de dopamine et maintenir cet état de pleine conscience et de concentration en boucle. Finir ce paragraphe, terminer cette grille sur Illustrator, décliner une autre couleur, continuer cette gamme… Les listes peuvent être utiles, à condition d'avoir des objectifs courts (on ne mettra pas "finir la piste créative" mais plutôt "valider le choix des couleurs", "tester en format bannière"...). Il est judicieux également de demander une validation immédiate si besoin (avant ou après la session de flow), afin de clarifier les objectifs.
Connaître précisément les prochaines étapes à court terme permet à notre cerveau de ne pas avoir à s'éparpiller et donc à rester concentré. La libération constante de dopamine permet de surcroît de se maintenir dans l’instant présent et donc à devenir plus efficace.
La nouveauté, la complexité, et l’imprévisibilité apportés par le sujet en question sont également des conditions qui aident à déclencher cet état.

Connaître ses motivations profondes

On l'a vu en début d'article, la motivation est vecteur de création. Différentes techniques ont été proposées pour développer sa curiosité sur à peu près n'importe quel sujet, mais il est possible également de surfer sur ses motivations profondes. Il est possible de se conditionner pour atteindre l'état de flow lors d'une activité qui fait vibrer nos forces intérieures. La recherche de son Ikigaï peut aider à définir ces forces.

Par exemple si vous êtes est créatif, emphatique, altruiste, que vous aimez transmettre et comprendre, alors vous pouvez plus facilement entrer dans le flow par l’écriture, en réalisant un dessin pour quelqu’un, en achevant une construction complexe avec un enfant, en tournant une poterie… Si vous êtes plutôt combatif, volontaire, intrépide, original et curieux, vous vous tournerez peut-être plus vers un sport extrême, la résolution de problèmes ou casse-têtes complexes, ou une session d’improvisation. L'idée que vous recherchez viendra sûrement plus facilement à vous lors de l'une de ces sessions qu'assis.e derrière un bureau.

Pourquoi la charrette induit le flow

On comprend mieux alors pourquoi la charrette peut être si bénéfique et que certaines personnes cherchent à la provoquer. Elle offre un travail de nuit, sans distractions et la sensation d’avoir un temps infini devant soi. La charrette propose aussi une complexité à résoudre, un besoin d’être créatif, une imprévisibilité potentielle qui stimulent l’attention totale du cerveau et l’ouverture de l’esprit. Elle peut permettre également d'atteindre le flow en groupe à condition que les autres soient dans cette même dynamique. Cela amènera un degré supplémentaire au flow car la collaboration, la cohabitation et la communication en sont des déclencheurs puissants.

Ce n’est donc en réalité pas la charrette en soi qui crée cette transe d’efficacité suprême mais les conditions qu’elle rassemble qui nous permettent de plonger dans cet état. Au bureau par exemple on peut donc parfaitement trouver un flow intense en travaillant en groupe sans téléphone portable, dans une pièce insonorisée, à résoudre ensemble des problèmes complexes, avec un minimum de 1h30 devant soi. Ou alors seul avec de la musique et sans distractions ; l’open-space étant le pire ennemi du flow.

Le flow pour transcender la créativité ?

Avec ces recherches, on conclut que cet état de créativité suprême est provoqué dans un environnement particulier qui engendre des réactions chimiques qui fusent dans notre cerveau, ce qui nous permet d’atteindre le maximum de notre potentiel. Le mot potentiel n’est pas ici à prendre dans le sens de productivité ou rentabilité, mais plutôt comme réalisation de soi.

Et c’est là que ça devient intéressant, car on dépasse la limite du corps physique. Le film d’animation Soul de Pixar représente poétiquement ces personnes qui sont « dans la zone » comme emportées dans un ailleurs, un espace hors du temps et du corps : la transe du flow.

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La transe créative : une capacité du cerveau humain

On l’a vu, l’activité du cortex préfrontal et les ondes bêta émises par le cerveau - responsables de notre rationalité - baissent de régime lorsque nous sommes dans le flow. Nous entrons alors dans un état de relaxation profonde, semblable au rêve, à la méditation, voire à la transe, dans lequel notre inconscient a plus de liberté. Les ondes cérébrales alpha et thêta y sont dominantes. Le cerveau droit, cœur de la sensibilité, des émotions, de la sagesse et de la créativité prend le dessus. On lâche prise, on est plus rapide et efficace car les rouages rationnels de notre cerveau gauche sont mis en sourdine.

Le flow est d’ailleurs connu comme étant un EMC, un état modifié de conscience, dans lequel le sujet vit un autre rapport au monde, à lui-même, à son corps, à son identité. On peut dire sans trop se tromper que les enfants qui jouent sont dans un état de flow prolongé et quasi permanent. Les transes spirituelles, les expériences de mort imminente ou l’accouchement en pleine conscience (qui rassemble les deux situations précédentes) sont aussi des moments de flow d’une intensité hors du commun. C’est un autre sujet passionnant.

Créativité ultime : quand expérience spirituelle et neurosciences ne font plus qu'un

Si l’on fait le rapprochement entre l’état de flow créatif et les états modifiés de conscience comme une expérience spirituelle, une transe ou une méditation profonde, on peut alors créer un pont entre créativité et expérience spirituelle. Dans les traditions hindoues, jaïn ou bouddhistes, on appelle le flow "Samadhi" : un état d’illumination et d’éveil dans lequel la conscience est une, à la fois dans le sujet et sur le sujet qui en fait l’expérience, c’est à dire qu’il en est simultanément l’acteur et l’observateur. Le flow-samadhi est l'état de la concentration parfaite.

Et c'est exactement ce qu'expliquait Corine Sombrun, dont le cerveau sous transe a été étudié par les neurosciences. Le flow-transe-samadhi ou appelez-le comme vous voulez, permet de rassembler, unifier et concentrer l’esprit dans la pleine conscience... et de l’ouvrir sur l'universalité du Grand Tout.

Cette verticalisation par l’accès à la pleine conscience permet à la fois un recentrage et un détachement vis-à-vis de soi, la connexion à l’ici et au maintenant, et au savoir universel. Oui, je sais, ça va loin. Mais le Samadhi (le flow aussi, donc) est bel et bien l’ultime étape Bouddhiste qui permet de sortir du cycle infini via la verticalité (l'accomplissement, la pleine conscience) pour atteindre enfin le Nirvana : la connaissance du vrai, au-delà du soi.

C'est l'expérience pourtant très scientifique que la spécialiste du cerveau Jill Bolte Taylor raconte dans sa conférence TedX. Elle explique comment une attaque cérébrale lui a privé temporairement de son hémisphère gauche, lui faisant vivre l'illumination spirituelle en la détachant de son corps, du temps, de la douleur. Exactement ce qui se passe sous transe / flow, et qui serait accessible à tous. La créativité ou plus précisément la réalisation de notre potentiel cérébral ultime via la transe du flow, serait-elle la porte d'accès au sacré, au Nirvana ?

Imaginez les immenses capacités et le don que nous avons à notre disposition, dans notre cerveau ! "Voilà les nous à l'intérieur de moi : lequel choisirez-vous ?" demande Jill Bolte Taylor. C'est la quête d'une vie...!

 


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