Le blog qui soigne l'actualité du design graphique

Trump était graphiste !


16 janvier 2017  |   1 Comments   |  6.4K vues

De graphiste à président

À quelques jours de l'investiture de Trump au rang de "maître du monde" nous sommes allés fouiller dans son passé pour mieux connaître l'homme en question. Nous avons fini par trouver la preuve que Trump était graphiste.

Allemand. Du début du siècle. Il s'appelait Georg (sans e à la fin).

Rien à voir donc avec Donald, mais tout de même le nom est là, et cela suffit pour nous donner raison. Voyons alors comment Georg Trump était maître de la typographie Allemande et quel rôle il a joué dans le design du logo d'IBM.

Trump typographe

Georg Trump naît le 10 juillet 1896 à Brettheim, en Allemagne. Il s'éteint le 21 décembre 1985 à Munich soit 89 ans plus tard. Entre ces années, deux guerres mondiales et une invasion nazie, il enseigne ou dirige des écoles d'art et de typographie jusqu'en 1953 et crée une vingtaine de typos. À l'époque, il est l'un des typographes allemands les plus reconnus.

En plus d'être un typographe renommé, il est aussi photographe, céramiste ou peintre. En 1982, il reçoit une médaille du Type Directors Club de New York, récompensant l'excellence de son travail en matière typographique.

trump-graphiste

On lui doit entre autres les typographies Berthold City® (1930), Trump Deutsch (1935), Schadow (1938–52), Forum I (1948), Delphin® 1 (1951), Forum II (1952), Amati (1953) Palomba (1954), Delphin® 2 (1955), Codex™ (1955), Signum (1955), Time Script™ (1956), Trump Mediaeval® (1958–60), Trump Gravur (1960), Jaguar™ (1964), Mauritius (1967)...

trump-graphiste

Trump graphiste

Il existe peu d'exemples de son travail de graphiste. Ci-dessous, on peut constater la modernité des timbres allemands qu'il avait conçu dans les années 50.

On trouvera plus d'exemples de son travail sur le site du Moma. En voici une petite sélection.

Il était une lettre : histoire de la Mediaeval et de la typographie

Sur plus de 20 ans, de "Aldine Roman", "Drupa" ou "Mauritius", la typo "Trump Mediaeval" change de nom, traverse la guerre, les avancées technologiques et les aléas du marché. Son histoire retrace à elle seule celle de la typographie elle-même.

La Trump Mediaeval voit le jour à l'époque de la Palatino ; si elle ne perce pas autant que sa consoeur, elle est néanmoins l'une des typos ayant marqué l'évolution du design de typographies Latines.

Trump et Weber

Trump travaille de longues années en étroite collaboration avec Görwitz de la fonderie Weber, dont il est le typographe presque exclusif. C'est là qu'il crée toutes ses typographies, dont la City, Shadow ou Delphin.
(Pour rappel, les fonderies étaient le lieu de création de typographies, depuis plusieurs siècles).

trump-graphiste
Cette fonderie est miraculeusement épargnée de la destruction durant la seconde guerre, à l'encontre de beaucoup de ses concurrentes. Si l'ouverture permet à la fonderie Weber de relancer sa production dès la fin de la guerre, elle souffre cependant du manque de main-d'oeuvre qualifiée et notamment de poinçonneurs, ce qui pousse Trump à repousser ses créations. Par exemple, la typographie Shadow-Antiqua créée par Trump en 1942, doit patienter encore 5 ans avant d'être découpée !

Les poinçonneurs de typos : les lettres créées à la main

À l'époque, les caractères métalliques sont gravés à la main par ces fameux poinçonneurs. À partir du dessin typographique de l'artiste typographe, le poinçonneur transfère la lettre sur un morceau d'acier et la taille à la main. Manuelle et personnelle, cette découpe minutieuse entraîne souvent des modifications typographiques plus ou moins volontaires, au grand dam du typographe.

La forme obtenue dans l'acier sert ensuite à poinçonner un support en cuivre, plus malléable, qui sert de moule pour y couler un alliage aboutissant à la lettre finale, utilisée en presse.

 

Mediaeval, la typo qui vient de loin

Dès 1947, Trump dessine les prémices de la typo Mediaeval, qu'il souhaite affirmer comme une New Roman au style médiéval, "contemporaine et respectable". Il souhaite en faire une typographie de livre, à la manière d'une Walbaum, Garamond ou Janson. À l'époque, ce design est ultra-moderne, puisqu'il est bien en avance sur ce qui deviendra ensuite une mode. C'est donc plus tard en 1951 que les New Roman ont désormais le vent en poupe. La fonderie Weber cartonne avec la typo Drupa, une autre Roman imaginée plus tôt par Trump et que celui-ci fera évoluer plus tard en Mediaeval.

trump-typo

En 1952, les techniques d'impression changent et les lettres sont désormais laminées à la machine au lieu d'être gravées à la main. La typo sera donc alors plus précise et exactement similaire aux croquis du typographe. Les dessins du designer se doivent d'être beaucoup plus précis, car ils servent désormais de motifs et ne sont plus pris comme modèles recopiés à la main; c'est une vraie révolution dans l'industrie de l'imprimerie.

Artisanat et standardisation

Problème : Trump n'a aucune expérience dans la création de matrices manufacturées et met plus d'un an à concevoir et faire valider ses premières versions italiques ou bold. Il peine avec la largeur des caractères italiques et doit demander de l'aide à une fonderie concurrente, Stempel. Nous sommes en 1954.

La typo italique n'apparaît qu'un an plus tard, après de nouvelles modifications qui semblent interminables. Interminables vraiment, si l'on en croit toutes les modifications que les versions italique et grasse devront subir pour s'adapter aux matrices de la machine Linotype. Grosses galères. On pense un peu aux versions def, puis def-def, puis ok-final, ok-final-def-1 qu'on peut créer aujourd'hui...

trump-graphiste

Trump en vient même à vouloir dessiner une version spéciale italique pour gravure à la main et une autre pour les standards mécanisés Linotype... proposition qui sera refusée. Les versions finales (?) bold sont à noter en 1956 et 57, mais exploitées sur Linotype seulement en 1967 (après encore quelques modifications) soit plus de 10 ans après les premiers dessins bold, et 20 ans après l'apparition de la première Mediaeval.

On peut y voir les prémices du déclin de petites fonderies indépendantes dépendant de plus en plus des grosses productions mécanisées du style Linotype, qui ont peu à peu pris le dessus de la production.
En 1970, Weber ferme ses portes.

IBM in the City

Pour l'anecdote, en 1956 Paul Rand utilise la typographie City Medium de G. Trump -créée en 1931- et remodèle le logo IBM en lui donnant un aspect plus 'solide, ancré et équilibré', avant d'ajouter les rayures que l'on connaît, 12 ans plus tard.

trump-graphiste

Ci-dessous, quelques images issues d'une l'exposition sur Paul Rand. On peut y découvrir l'utilisation créative qu'il pouvait faire de la typographie de Georg Trump !

Pour les plus curieux, voici la charte graphique d'IBM par Paul Rand !

 

Trump en campagne

Fin 2016, les typographies d'époque de G. Trump ne sont malheureusement pas utilisées dans la campagne de Donald. Simple ignorance de ses responsables de campagne ou souhait délibéré de ne pas faire double "je" avec son homonyme ? Le mystère reste entier...

trump-graphiste

 


Sources :

http://wiedler.ch/felix/books/story/46
http://academic.typeculture.com/articles-essays/trump-mediaeval-the-story-of-its-creation/
https://qz.com/882418/donald-trump-is-the-epitome-of-a-seagull-manager-squawking-flapping-and-leaving-a-mess/
https://www.moma.org/artists/5947





1 Commentaire:

  1. […] vous parlions récemment du logo IBM dans notre article sur le graphiste Trump. Non pas Donald mais Georg, le dessinateur de caractères, celui-là même qui a dessiné la […]

Leave a Reply







RECHERCHE
Newsletter
Recevez votre dose mensuelle de Graphéine.