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Le génie du graphisme iranien

29 mars 2020  |   3 Commentaires   |    |  
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Histoire du design graphique en iran graphisme

Design graphique en Iran

Il y a un petit moment maintenant, nous avions débuté une série d'article intitulé "design graphique à travers le monde". L'idée était d'aller jeter un œil sur d'autres cultures graphiques, de voyager à la rencontre de confrères, de découvrir l'histoire du graphisme dans leur pays. Il s'agit indirectement d'interroger la mondialisation, la standardisation et les conditions d'exercice de notre profession.

Le premier pays que nous avions exploré était la Turquie. Aujourd'hui, nous faisons un saut de puce pour aller visiter le génie du graphisme iranien. Nous parlons bien ici de génie, pour ses facultés créatrices extraordinaires, et par analogie avec le génie de la lampe : doté d'un grand pouvoir, qui ne demande qu'à se libérer de ses chaînes pour briller.

Il est certain que les récentes tensions internationales ne sont pas pour rien dans notre envie de partir à la rencontre du design perse. Face à l'embargo Américain et la terrifiante idée d'une énième guerre, il nous semble indispensable d'aller à la rencontre de l'autre, de sa culture, de son histoire. Et quelle histoire incroyable que celle de l'art & du design iranien !

Nous rajouterons évidement de sincères pensées au peuple Iranien, lui aussi lourdement touché par la Coronavirus. Puisse cet article leur apporter un modeste motif d'optimisme et de fierté en cette période si trouble. Pour notre part, nous avons pris beaucoup de plaisir à voyager dans l'histoire graphique de leur pays. Merci à tous les designers qui élargissent les frontières, fussent-elles celles de l'imaginaire. 

Le travail d’un designer ou d’un artiste aujourd’hui en Iran ne peut se comprendre sans contexte. Ce contexte est celui d’un pays magnifiquement riche dans le domaine des arts, et si particulier dans le monde. Autrefois Empire Perse, l’Iran a été traversé et nourri par d’innombrables cultures et civilisations. Il s’est singularisé autour de facultés artistiques rayonnantes et d’une langue distincte. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'Iran n'est pas un pays arabe, et a plus d’affinités culturelles avec l’Inde.

Tour à tour influençant le monde durant l’antiquité, ouvert sur l’occident dans les années 60 puis reclus lors de la révolution islamique de 79 avant de s’ouvrir timidement à nouveau, le pays a traversé des époques plus ou moins sombres et propices à l’expression visuelle. Malgré la mauvaise image véhiculée dans les médias liée à l’actualité, l’Iran n’en est pas moins un haut lieu de création artistique et graphique, reconnu sur la scène internationale, et bourré de talents.

Avant de plonger dans le design graphique iranien contemporain, il faut donc en saisir son histoire.

Un héritage visuel vieux de 3000 ans

Brassé par des conquêtes et des civilisations ayant façonné le plus grand Empire du monde et les contes des 1001 nuits, la région Perse et l’Iran se sont nourris de métissages culturels pour devenir l’un des pays les plus prospères sur le plan artistique. On le voit à la qualité et la diversité des arts qui ont perduré à travers les siècles et qui sont le socle de nos sociétés d’aujourd’hui. Les miniatures, ces peintures minutieuses minuscules et riches en détail, les enluminures Tazhîb, les poèmes, les céramiques, l’émaillage, la gravure ou encore la tapisserie qui reprennent les motifs traditionnels font partie intégrante de la culture iranienne.

Un article écrit à la fin des années 1950 à l'occasion de la seconde biennale de Téhéran, s'enorgueillit de l'héritage perse et de son influence : "Les historiens n’ignorent plus que les sculpteurs romans en Europe s’inspirèrent des bas-reliefs sassanides, que les artistes chinois ne restèrent pas insensibles aux entrelacs et formes décoratives proprement iraniens, que nos miniatures enseignèrent au monde entier la perfection des lignes et la clarté des couleurs, et qu’enfin notre art joua un rôle d’intermédiaire entre les courants artistiques allant de l’extrême bout du monde oriental à l’extrême bout du monde occidental."

L’empire Achéménide, premier grand empire Perse et plus grand empire du monde antique, s’étend au Ve siècle avant J-C de la Grèce à l’Égypte jusqu’aux abords de l’Inde et de la Chine. Il est partagé et segmenté sous Alexandre le Grand, puis s’élargit à nouveau durant l’Empire Sassanide (autour de 220 après J-C). Son rayonnement est tel qu’il influence et façonne culturellement les arts, l’architecture, la culture ou l’écriture des civilisations alentour : Rome et Byzance, l’Europe occidentale, l’Afrique, la Chine et l’Inde.

Alexandre-le-Grand,
une passerelle entre l'Europe et le monde Perse

Arrêtons nous quelques secondes sur Alexandre le Grand. Son rêve de faire fusionner les civilisations grecques et « orientales » débouchera sur le développement de la civilisation hellénistique (Cf: la civilisation occidentale). Le rôle de l’art dans la Politique et la Société commença entre autres avec lui, et en particulier avec le développement du portrait.

Pour contrôler un empire nécessitant plusieurs semaines de voyage à cheval pour le traverser, Alexandre confie aux artistes le soin de produire d'innombrables représentations de lui, fresques, mosaïques, sculptures... et surtout monnaie. Ce sera le premier monarque à frapper des pièces à son effigie de son vivant ! Toutes ces représentations incarnent le pouvoir en l'absence physique du roi. Avant lui, on sculptait des dieux qui incarnaient le pouvoir divin. Cette stratégie de présence omnisciente et d'incarnation du pouvoir facilitera assurément la maitrise des immenses territoires conquis par Alexandre. En termes contemporains, on pourrait presque parler de l'invention du "branding" ou du moins du "personal branding" par Alexandre-le-Grand.

pièce de monnaie alexandre le grand

Les portraits du Conquérant ont traversé les siècles, et connaissent encore aujourd’hui un grand succès auprès des hommes politiques, dont certains bustes ornent encore la Galerie du Sénat à Paris par exemple. L'image devient un outil de pouvoir. Une grande part de la tradition visuelle occidentale découlera d'Alexandre-le-grand.

Le rêve d'union de l'orient et l'occident par Alexandre le Grand prendra fin quelques siècles après sa mort avec l'arrivée de l'Empire Sassanide. Et la tradition orientale Perse reprendra ses droits en Iran. Mais Alexandre-le-Grand reste encore un héros en Iran, et les iraniens refusent de le voir comme un conquérant. De notre point de vu, 23 siècles après, il nous semble important de retenir qu'il existe, dans l'histoire, des passerelles qui nous peuvent rapprocher Orient et Occident. Vive les passerelles !

Le texte comme image

Le texte aussi a un sacré mot à dire dans ce bagage visuel. Lorsque le prophète Mohamet récite le Coran, le texte sacré de l'Islam, un immense travail de mémorisation par l'écriture sera réalisé. Comme l'explique le chercheur et graphiste iranien Sina Fakour, "entre le VIIIe et le XVIIIe siècles, avant l’apparition de la presse typographique, le nombre des livres manuscrits dans les pays utilisant l’alphabet arabe est sans précédent et indénombrable. Aujourd’hui, plus de 3 millions d’ouvrages manuscrits de cette époque sont préservés dans les bibliothèques et les instituts."

Basée sur le Coran, la religion musulmane produit un grand nombre de miniatures représentant des personnages. Peu à peu, les représentations de visages dans les textes pieux disparaissent et sont laissés vides. Les mots du Coran sont alors prétextes à des ornements particulièrement dévoués. Les enluminures et la calligraphie subliment ainsi les mots sacrés dans les premiers livres, avec de l’or, des jeux d’encres et de papiers. À tel point que l’art calligraphique est encore considéré comme le plus abouti des arts appliqués de l’Islam, et très utilisé dans le graphisme iranien.

Ci-dessous, quelques extraits de Shâhnâmah, le livre des Rois, calligraphié par Firdawsî en 1616. Également des extraits de calligraphie du Coran, entre 1300 et 1500.

Dans la lignée de ces traditions, le texte est très souvent stylisé encore aujourd’hui, et s’inscrit pleinement dans la composition graphique. Il y est un élément majeur, voire supplantant le visuel (alors que c’est majoritairement l’inverse dans notre culture). Mots et images s’entremêlent pour ne faire qu’un, les lettres deviennent illustrations. On ne peut saisir le sens du graphisme iranien sans prendre en compte l’importance du texte pour cette culture.

Ci-dessous, un aperçu du travail calligraphique de la designeuse et plasticienne Iranienne, Parastou Forouhar. Née en 1962 en Iran, elle est installée en Allemagne depuis 1991 : ses parents ont été assassinés en Iran car considérés comme opposants du régime, et elle vit actuellement en exil. Son travail exutoire est une critique du gouvernement iranien, et elle questionne également la notion d'identité et le droit des femmes.

Dans cette série de dessins, Forouhar compose avec son art de la calligraphie les noms d'animaux en farsi (persan). Elle compare l'ambiguïté qui entoure la question de savoir si nous regardons une image ou un texte aux sentiments d'appartenance et d'étrangeté qu'elle a ressentis lorsqu'elle a été étiquetée comme "l'Iranienne" par ses collègues allemands. L'élégance et la simplicité visuelle des dessins capturent magnifiquement l'acte d'essayer de communiquer dans une autre langue et à travers les cultures. Cette tentative se trace avec des choses simples et l'association des modes de communication non verbaux et écrits, pour transmettre non seulement un sens, mais aussi des sentiments.

La dernière image est un travail de lettres dénuées de sens dessinées sur une vache sacrée hindoue, qui porte ces lettres harmonieusement, pour illustrer les deux grandes religions qui déchirent la société indienne.

Typographie et imprimerie

Parallèlement, la typographie arabe -mécanique, contrairement à sa cousine calligraphiée, manuelle- a mis beaucoup plus de temps à se développer qu’en occident. Pour cause ; l’alphabet latin prend la lettre comme unité, alors que c’est le mot dans sa globalité qui compte dans l'écriture arabe et perse.

Précisions autour du persan

D'ailleurs, nous tenons à préciser que la langue perse (ou farsi) utilise l'alphabet arabe, mais n'est pas une langue arabe. Elle est parlée en Iran, au Tadjikistan, en Afghanistan, au Pakistan ou en Irak entre autres, mais par trois fois moins de locuteurs que l'arabe. Le perse était autrefois comparable à la langue latine dans la chrétienté. Elle servait de base pour les textes scientifiques ou religieux.

Autrefois, le farsi avait son propre alphabet, mais il disparaitra avec les invasions arabes du VIIe siècle. Cette langue a aussi été abondamment parlée dans tout le "sous-continent indien" (* les géographes préfèrent le nom de "quasi-continent indien" qui est bien moins péjoratif !) jusqu'au XVIIIe siècle, quand les britanniques en ont interdit l'usage en Inde. Le mot farsi vient d'ailleurs du mot persan / parsi, mais la lettre P n'existant pas dans l'alphabet arabe c'est le mot farsi qui a été retenu.

On retrouve d'ailleurs quelques jolis mots d'origine farsi dans notre langue française, comme le mot "divan", "baldaquin", "magie", "écarlate"... ou encore "Paradis" ! Si ça vous intéresse, il existe une liste des mots dérivés du persan.

Fin de la parenthèse.

L’Iran a presque toujours utilisé la lithographie pour imprimer ses textes, même à l’heure de l’imprimerie et du digital ; c’est dire à quel point la langue perse se heurte à cette technologie. Le premier à s’être attaqué à la typographie iranienne dans l'aspect des lettres en tant que formes est Reza Abedini, à qui nous consacrons un article à part, dans notre rubrique Histoire du graphisme.

La première presse à lithographie arrive en Iran en 1821, deux ans seulement après l’arrivée de cette technologie aux États-Unis. En dessinant sur une pierre, ce support permet aux artistes de composer manuellement motifs, caricatures et calligraphies sans contraintes de typographies ou de mise en page, et à moindre coût par rapport à l’imprimerie classique. Le premier livre est imprimé 11 ans plus tard -en lithographie- et de nombreuses publications Européennes seront traduites dans la foulée, dans un élan de modernisation et d’ouverture au monde. Les journaux utiliseront ensuite cette technologie.


Les premiers graphistes

Le design publicitaire voit le jour à Téhéran au début du XXe siècle. En 1941, l’Université de Téhéran propose une section dédiée aux Beaux-Arts, avec des cours spécialisés en art graphique et design. Le ministère de la Culture et des Arts développe plus tard une section Arts Décoratifs, inspirée de l’école nationale des Beaux-Arts de Paris. On y enseigne le Bauhaus et les arts appliqués. Les étudiants iraniens ont ainsi un parcours qui commence aux beaux-arts avant de les mener au design graphique, tel Morteza Momayez, et Reza Abedini après lui.

Morteza Momayez et quelques un(e)s de ses contemporains dans les années 60 (Guity Novin, Farshid Mesghali, ou Ghobad Shiva) constituent la première génération de graphistes iraniens.

Formés à l’occidentale dans une culture extrêmement riche, ils refusent de céder au chantage de commandes purement mercantiles et publicitaires, et créent leur propre grammaire visuelle. Et ce en dépit du fait que la majorité des clients du privé se suffisent de plagiats des styles européen ou américain. Curieux, informés, inspirés aussi par les grands courants graphiques de l’Ouest, en recherche technique et créative, leur pratique est centrée sur l’analyse et la présentation de solutions visuelles à un problème de communication. De nombreux magasines ou institutions culturelles progressistes -comme Kanoon qui organisait des festivals pour faire la promotion de livres d’enfants et de films d’animation- leurs permettent de créer librement des supports visuels créatifs, et financés par le régime du Shah.

Ci-dessous, le travail de Ghobad Shiva :

design-graphique-iran-Ghobad-Shiva

À l’époque, ces designers sont de véritables pionniers. Avec un style propre à chacun, ils tentent de faire comprendre que le design, même s’il est représentation, ne dissimule pas l’essence des choses. Par chance, les iraniens, et donc nombreux de leurs clients, sont éduqués et sensibles à l’art, et le design graphique y est considéré comme un art à part entière. La première exposition graphique de Téhéran a lieu en 1964, et la première Biennale d’Art Asiatique s’installe dans la capitale iranienne en 1978.

Momayez étudie et travaille en Iran dès les années 50 puis se forme aux Arts Déco de Paris au début des années 70. Il enseigne ensuite la discipline à Téhéran, et préside la société des graphistes à l’origine de nombreuses biennales et expositions locales et internationales. Influencé par l’affiche polonaise, la richesse culturelle de son pays et ses études en France, il joue un rôle indispensable dans la scène graphique locale. Moyamez est le premier iranien à devenir membre de l'Alliance Graphique Internationale. Voici quelques-unes de ses affiches des années 70.

design-graphique-iran-Morteza-Momayez

Fait rare et donc notable, une femme parvient à se faire un nom dans cet univers fermé et de surcroit presque exclusivement masculin : Guity Novin. Embauchée au ministère de la culture et des Arts, elle est néanmoins confrontée au refus du directeur du département des arts graphiques, qui préfèrerait qu’elle soit secrétaire. Le cinéaste Hajir Darioush, de la nouvelle vague, lui propose alors une place au sein du département cinématographique. Elle y conçoit les supports visuels du premier Festival du Film International de Téhéran.

 

Les femmes ont contribué à leur manière et depuis des siècles au développement des arts et de la culture iranienne, à travers d'abord des activités "féminines" liées au textile, comme le tissage. Aujourd'hui, plus de la moitié des diplômés d'écoles universitaires et des artistes et designers en Iran sont des femmes.

Elles sont graphistes, créatrices, graphistes, conférencières, animent des ateliers internationaux ou dirigent des galeries d'art et de design. On peut citer aujourd'hui entre autres le travail graphique de Homa Delvaray, Zeynab Izadyar, ou Mahsa Gholinejad du Studio Melli. Nous en montrons quelques posters plus bas.

 

La révolution islamique et la censure des arts

Mais en 1979 tout bascule. La révolution islamique destitue le Shah et instaure un islam strict et l’interdiction des arts, jugés hérétiques. Il faut lire Persepolis de Marjane Satrapi pour comprendre : adieu Abba, les Nike et Michael Jackson, adieu la culture occidentale ! De nombreux artistes -dont Novin- fuient l’Iran. Deux ans plus tôt, l’impératrice Farah Pahlavi inaugurait pourtant le TMoCA (Teheran Museum of Contemporary Art), un musée unique au Moyen-Orient et inspiré du Guggenheim, comportant la plus grande collection d’art contemporain d’Iran et la plus importante hors d’Europe et des États Unis.

Les Warhol, Moore, Dali, Chagall, Lichtenstein ou Raushenberg, jugés anti-islamiques ou pornographiques, sont entreposés dans un sous-sol pendant 20 ans, jusqu’à la première exposition post-révolution en 99. Malgré une tolérance plus ou moins variable, le régime actuel laisse encore dormir ces œuvres la plupart du temps dans l’ombre en attendant, un jour, de nouvelles heures de gloire...

La sortie de l’ombre

Pendant la révolution, les artistes en exil créent depuis leur pays d’accueil et retournent parfois dans leur pays dans les années 90. D’autres comme Morteza Momayez contribuent à maintenir et développer la créativité de son pays en vase clos malgré la révolution puis la guerre Iran-Irak.

Car si le contexte est un problème, le rôle du designer est justement de trouver une solution aux problèmes ; qu’ils soient érigés par le client… ou le gouvernement. De telles contraintes conservatrices permettent alors aux designers et artistes de jongler avec les limites d’un art protestataire. La période post-révolution et post-guerre, qui englobe les années 90s-2000 annonce la naissance d’une nouvelle génération de graphistes, dans laquelle les designers cherchent à valoriser l’héritage de leur pays, tout en créant un langage moderne.

Reza Abedini est la figure phare de ce second mouvement. Il enseigne ou a enseigné aux Beaux Arts de Téhéran, à l'Université Azad (la 4e plus grande du monde) et dans la section Beaux Arts de l'Université de Téhéran, et forme ainsi la troisième génération de designers iraniens. Nous lui avons consacré une biographie dans notre section Histoire du design graphique que nous vous invitons à découvir.

Il est important de noter que la majorité des réalisations graphiques en Iran sont liées au domaine de la culture. Comme pour la première génération de graphistes, les autres domaines montrent malheureusement peu d’intérêt dans la matière.

Le renouveau du graphisme iranien

L’héritage culturel immense de l’Iran constitue une force solide, et sa jeunesse bouillonnante persiste à le moderniser et jouer avec ces traditions. « Les designers iraniens ont l’immense privilège d’être nés dans une civilisation vieille de 3000 ans. Les sources d’inspiration y sont pratiquement inépuisables, mais cet héritage tend parfois à limiter les idées innovantes ; c’est un immense défi de créer quelque chose de nouveau qui soit formé par tant d’histoire » explique le graphiste et illustrateur Behrouz Hariri. Toute la difficulté consiste aujourd’hui à placer le curseur au bon endroit.

Avec l’essor d’Internet, les designers iraniens ont pu entrer en dialogue et échanger des idées et des concepts avec le reste du monde. De la même manière, cette ouverture a permis de montrer le vrai visage de l’Iran : dynamique, cultivé, curieux et créateur, allant à l’encontre de celui véhiculé par les médias. Les jeunes designers, nés après la révolution islamique, ont acquis une fierté en travaillant en farsi. Certains préfèrent malheureusement se tourner vers l’Ouest et les standards mondialisés pour mieux briller sur la scène internationale. L’ancienne génération ne manque pas de leur rappeler de ne pas oublier leurs racines.

Il est impossible de parler des travaux de tous les graphises de renom en Iran, mais nous en avons sélectionné quelques uns. Voici pour commencer un aperçu du travail de deux femmes graphistes en Iran.

Homa Delvaray a été l'élève de Reza Abedini. Elle vit et travaille en Iran, majoritairement sur des projets artistiques et culturels locaux, mais reçoit également des commandes de clients en Europe ou aux États-Unis. Son travail graphique a été montré à l'international et a été récompensé de nombreuses fois. Ces 6 premiers posters ont été réalisés autour de 2005...

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...les 6 suivants, autour de 2015 :

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Zeynab Izadyar a travaillé dans le studio de design graphique de Reza Abedini. Elle a réalisé ces posters en 2007 pour des festival d'arts visuels.

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Elle est aujourd'hui designer de vêtements et a lancé sa marque vvorkvvorkvvork en 2017, depuis les États-Unis. Elle y mêle techniques artisanales héritées de son pays d'origine (comme la teinture naturelle, la calligraphie ou les motifs perses), et une vision vestimentaire contemporaine.

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D'autres artistes sont regroupés en studio, comme le StudioTehran, très actif sur Instagram.

 

Aria Kasaei fondateur du Studio Kargah a collaboré avec Reza dans la mise en place de séries de posters pour promouvoir les expositions bi-hebdomadaires de la Galerie Azad. Ce projet a permis de faire rayonner le design graphique en Iran auprès d'organisations culturelles publiques et privées. Il a eu un impact énorme sur le design de posters au Moyen Orient et leur a permis de se faire une place au sein des scènes graphique et artistique à l'international.

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Mehdi Saeedi fait également partie de cette nouvelle génération de designers iraniens remarqués, bien qu'il travaille aujourd'hui aux États-Unis. Il a contribué à développer les principes de la calligraphie appliqués à la typographie, et travaille sur le zoomorphisme avec des caractères perses. Il a, dans ce sens, développé un cours intitulé "la mélodie des lettres".

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Pour aller plus loin : Il y aurait des centaines d'autres designers et artistes à vous présenter, mais faute de place et d'un article déjà bien fourni, nous vous invitons à découvrir Sina Fakour, Studio Melli, Masoud Morgan, Studio Metaphor, Mojtaba Adibi, Studio Tehran, Studio Kargah...

Les génies sortent de leur lampes

On pourrait croire en toute logique que dans un tel contexte de censure l’art graphique -ou l’art tout court- ait des difficultés à naître ou à exister. Et pourtant c’est bien l’inverse qui se produit ; l’art est une forme de résistance, de mémoire, de devoir. Muselés par la censure mais non paralysés, comme des génies sortis de leur lampe sans être libérés pour autant, les artistes et graphistes rusent et se produisent dans des lieux tenus secrets jusqu’à la dernière minute. Malgré les guerres et le contexte politique, l’Iran est en pleine mutation et offre un terreau extrêmement fertile à la création.

Téhéran abrite d'ailleurs de nombreuses galeries reconnues à l’international et la scène artistique Iranienne est loin d’être enterrée. Bien que ces dernières subsistent sans aides, ni mécènes, réseaux ou fondations ! La débrouillardise et le soutien mutuel entre designers-génies règnent en maître, et la spéculation du marché de l’art -rassurant et solide- va bon train dans cette société à l’économie incertaine. Nous ne pouvons que continuer à souhaiter que le graphisme et cette énergie créative survive à l’actualité, en libérant pour de bon ses talents et leur créativité.

 

Quelques sources pour aller plus loin :
gdiran.blogspot.com
www.telerama.fr
Larousse : art et archéologie en Iran
Larousse : Histoire de l'Iran
Livre : Arabesque, Graphic Design from the Arab World and Persia

Un grand merci à Sina Fakour pour la relecture et les contacts !


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3 commentaires :

  1. pierre boyre :

    thank you for this piece. Really good.
    Best wishes
    Pierre

  2. marylene :

    Merci pour ce très bel article
    marylène

  3. Laura Chaland :

    genial, merveilleux article, merci beaucoup!

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